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Têtes Raides Concert au Bataclan (Paris) le 27 mars 2008.
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Presse Nationale

Jeudi 9 octobre 2008

Lin Ru, expulsable aprés 5 ans en France

Arrivée à l’âge de 16 ans en France, Lin Ru Zheng est désormais expulsable. Le tribunal administratif devait examiner son, cas hier, mais la préfecture avait annulé son obligationde quitter le territoire. Ce qui ne veut pas dire que sa situation s’est améliorée. Explications.

NORD ÉCLAIR - MERCREDI 8 OCTOBRE 2008

TRIBUNAL ADMINISTRATIF

Lin Ru, expulsable aprés 5 ans en France

Arrivée à l’âge de 16 ans en France, Lin Ru Zheng est désormais expulsable. Le tribunal administratif devait examiner son, cas hier, mais la préfecture avait annulé son obligationde quitter le territoire. Ce qui ne veut pas dire que sa situation s’est améliorée. Explications.

YOUENN MARTIN > youenn.martin@nordeclair.fr

E lle ne s’étendra pas sur les raisons qui l’ont poussée à quitter son pays. « Je n’avais pas les moyens de rester en Chine, j’avais envie de partir, pour le travail », dit-elle simplement. On comprend aussi qu’elle n’avait plus d’attaches là-bas. Alors le 25 septembre 2003, Lin Ru Zheng est arrivée en France. Elle a faussé compagnie à son accompagnateur à Paris en montant dans le premier train. « Je n’avais pas de billet, j’ai été attrapée par la police. Et on m’a envoyée au foyer. »

Des éducateurs désemparés

Lin Ru avait 16 ans et demi. Elle était donc une mineure isolée, protégée par la Convention de Genève. C’est pour ça qu’elle a été confiée au foyer de l’enfance de la rue d’Esquermes, à Lille. « Elle ne parlait pas un mot de français », se souvient un des éducateurs, Benoît Decornet. Elle l’a appris, a repris une scolarité au lycée professionnel Sévigné à Tourcoing, puis - à Louise-de-Marillac à Lille. « Elle avait de très bonnes relations avec ses profs et était très appréciée en stage, raconte Laurence Dacquin, l’éducatrice qui l’a suivie. Lors de son dernier stage, l’employeur voulait même_ l’embaucher. »

Sauf qu’en 2005, Lin Ru a « fêté » ses 18 ans. Elle a déposé une demande de titre de séjour. Légalement, la préfecture se doit d’y répondre dans un délai « raisonnable ». Durant trois ans, la jeune Chinoise a donc connu les récépissés à renouveler tous les trois ou six mois. Puis en février dernier, la réponse est tombée : c’est non.

En terme administratif, ça s’appelle une OQTF, une obligation de quitter le territoire- français. « Ça n’a aucun sens, déplore, désemparé, Benoît Decornet. Elle a passé un quart de sa vie ici, elle a réussi son insertion. Ça -fout en l’air le travail éducatif. A quoi sert la Convention de Génève si les jeunes sont ensuite expulsés ! »

Pour bien faire, la préfecture voulait l’expédier au Maroc. Me Ève Thieffry, l’avocate qui la défend, n’aurait pas eu de mal à obtenir l’annulation de l’arrêté préfectoral devant le tribunal administratif. Mais la préfecture s’est aperçue de son erreur et, durant l’été, le tribunal a rendu une ordonnance de nonlieu. Du coup hier matin, il n’y a pas eu d’audience et la manifestation de soutien organisée par le Réseau éducation sans frontière devant le tribunal est un peu tombée à plat. Ce n’est pas pour autant que Lin Ru est régularisée.

 « On est revenu au point de départ », explique Émilie Dewaele, avocate stagiaire au foyer de l’enfance.

Plus de logement, plus d’aides

La jeune Chinoise a une simple autorisation provisoire de séjour jusqu’en décembre. C’est reparti pour les récépissés tous les trois mois, en attendant une nouvelle décision préfectorale. Or l’autorisation ne lui donne pas droit de travailler,, pas droit aux aides sociales et aux allocations et, comme elle a terminé sa scolarité, le foyer ne peut plus l’héberger. Un mot résume assez bien sa situation : précaire...

 

Photo : légende Lin Ru Zheng est soutenue par les éducateurs et l’avocate stagiaire du foyer de la rue d’Esquermes.

Jeudi 9 octobre 2008
Le pape Benoît XVI a encouragé aujourd’hui l’action multiforme des catholiques du monde entier en faveur des immigrés, dans son traditionnel message pour la journée mondiale du migrant et du réfugié, qui sera célébrée par l’Eglise catholique le 18 janvier 2009

Il les a invités à être "solidaires" des immigrés et des réfugiés "et à promouvoir partout dans le monde et par tous les moyens la coexistence pacifique entre les ethnies, les cultures et les religions différentes".

Cette attention à "l’univers bigarré des migrants" doit inclure "ceux qui sont victimes des esclavages modernes comme par exemple le trafic des êtres humains", a-t-il dit.

Le pape a aussi souligné que "à l’heure de la mondialisation, la mission de l’Eglise et de tous les baptisés" est "de faire connaître et aimer Jésus parce qu’en lui tous les peuples sont appelés à devenir un seul peuple" et de faire vivre une Eglise "ouverte à tous", "sans distinction de culture et de race".

Le message du pape à l’occasion de la journée mondiale du migrant célébrée chaque année par l’Eglise catholique est toujours publié plusieurs semaines à l’avance.

"Il ne faut pas voir les immigrés comme des envahisseurs", a déclaré le cardinal Renato Raffaele Martino, président du Conseil pontifical pour les migrants, au cours d’une conférence de presse pour présenter ce message.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2008/10/08/01011-20081008FILWWW00616-les-catholiques-doivent-aider-les-immigres.php
Jeudi 9 octobre 2008

Il y a quelques semaines à peine, un week-end, 311 immigrés clandestins, originaires pour la plupart des pays de la région subsaharienne, ont été repêchés au large des îles Canaries alors qu’ils tentaient de gagner l’Europe, promesse d’une vie meilleure. Ceux-là ont eu de la chance : on ne compte plus les hommes, les femmes et les enfants qui ont perdu la vie au cours de leur voyage vers l’espoir. Ces scènes sont devenues monnaie courante, que ce soit au large des côtes espagnoles, italiennes ou maltaises.

Certains hommes politiques aimeraient faire croire qu’il est possible, en dernière analyse, de contrôler l’immigration clandestine en renforçant encore la sécurité autour de la "forteresse Europe". Je peux vous assurer qu’il s’agit d’un voeu pieux destiné à détourner l’attention du public choqué par les images de centaines d’Africains épuisés, à l’agonie, venant échouer sur les plages. Tout citoyen européen devrait se demander en quoi ces femmes et ces hommes sont tellement différents de nos ancêtres - qui ont quitté tout ce qui leur était si cher pour se lancer dans l’aventure d’une vie nouvelle et meilleure dans un autre pays, sur un autre continent.

La seule réaction intelligente et honnête face à cette immigration est d’instituer un dialogue réciproque avec les pays d’origine ou de transit, d’examiner les perspectives offertes par une coopération judiciaire renforcée et de fournir une meilleure aide au développement. L’ouverture, cette semaine, au Mali d’un centre pilote d’information et de gestion des migrations illustre concrètement la manière dont l’Europe et l’Afrique tentent, en partenariat, d’aider les immigrés de manière légale, équitable et digne, avantageuses pour toutes les parties concernées.

Je souhaiterais tout d’abord préciser clairement le rôle que ce centre ne jouera pas. Il ne s’agit que d’une "agence pour l’emploi" comme il en existe dans les villes des différents pays européens. Les Maliens qui s’y rendront n’en ressortiront pas avec, comme par magie, un emploi dans une capitale européenne. Il est totalement faux d’affirmer que cette structure pourrait avoir des conséquences négatives sur l’emploi des citoyens européens.

L’objectif de ce centre est d’informer et d’aider les éventuels candidats à l’immigration. Ainsi, il donnera des renseignements sur les risques liés aux réseaux d’immigration clandestine contrôlés par une mafia sans pitié, sur certaines perspectives d’immigration légale en Europe ou ailleurs, sur les possibilités de formation professionnelle et d’emploi au Mali même. Cette structure sera également en mesure d’aider les autorités maliennes à négocier des accords d’immigration de main-d’oeuvre avec chacun des Etats membres de l’Union européenne et divers pays tiers. Les accords bilatéraux qui seront conclus à l’avenir dans ce domaine accroîtront les possibilités et permettront, par exemple, de répondre de manière équitable, légale et sûre à une augmentation de la demande de main-d’oeuvre saisonnière.

Par ailleurs, le Mali jouit d’une position géographique idéale pour un tel projet pilote. La région subsaharienne prend de plus en plus conscience des avantages que l’immigration est susceptible d’apporter pour le développement, tels que les flux de trésorerie considérables générés par la diaspora de retour dans son pays d’origine. Le Mali est le deuxième plus grand pays d’Afrique de l’Ouest. C’est un pays d’origine, de transit et de destination des flux migratoires, du fait de sa position centrale et de la perméabilité de ses vastes frontières. Il est important de signaler que sur 12 millions d’habitants, quelque 4 millions de Maliens sont des migrants, dont 3,5 millions vivent en Afrique de l’Ouest et 200 000 seulement en Europe. Il est donc fallacieux d’affirmer que la majorité des Africains veulent émigrer en Europe. Tel n’est pas leur souhait. C’est pour cette raison que la couverture géographique de ce centre ne sera pas limitée aux pays européens mais s’intéressera à ce phénomène également sous un angle régional.

Ce centre constitue un premier pas, certes modeste, mais important dans la coopération instaurée entre l’Europe et l’Afrique pour gérer de façon appropriée la question de l’immigration. Cette structure rompt avec les formules traditionnelles qui alimentent depuis plusieurs années la tactique de la peur utilisée par certains. Elle propose une véritable solution de rechange à une politique de lutte contre l’immigration fondée sur des mesures répressives et dictées par la sécurité.

Je crois sincèrement qu’aucune mesure coercitive, répressive ou sécuritaire ne permettra jamais d’empêcher quiconque d’essayer d’améliorer son sort. L’immigration n’est pas un phénomène criminel. Elle existe depuis la nuit des temps. Les grandes civilisations ont toujours été celles qui ont soutenu les migrations et ont finalement tiré profit de ces échanges d’informations et de savoir-faire.

Ce centre est un investissement dans les qualités du Mali tout autant qu’un investissement en Europe.

En définitive, il s’agit d’un investissement en faveur de notre compréhension des flux migratoires, à savoir que la prise en compte de l’immigration plutôt que la lutte contre ce phénomène pourra, à terme, être bénéfique pour tous.


Louis Michel est commissaire européen chargé du développement et de l’aide humanitaire. Article paru dans l’édition du 09.10.08.

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/08/gerer-conjointement-l-immigration-par-louis-michel_1104491_3232.html
Jeudi 9 octobre 2008
 
Jeudi 9 octobre 2008

Source l’Humanité

Article paru le 6 octobre 2008

Société

Les oubliés de la régularisation par le travail

Sans-papiers. La situation reste bloquée pour les intérimaires. La CGT tente de négocier avec le gouvernement.

Et de cinq. Depuis la semaine dernière, des travailleurs sans papiers occupent deux nouvelles agences d’intérim, portant à cinq le nombre de piquets de grève parisiens. En juin, 47 intérimaires de Perfect Intérim lançaient le mouvement. Le 3 juillet, les 88 sans-papiers de Man-BTP (1), soutenus par l’union syndicale Solidaires, les rejoignaient. Plus de trois mois de lutte et un sombre bilan : aucune régularisation.

Alors que le mouvement des travailleurs sans papiers vient de dépasser le millier de régularisations, le compteur des intérimaires reste bloqué à zéro. D’après la CGT, près de 250 demandes de titres de séjour seraient en attente dans les préfectures. Seule bonne nouvelle : 16 intérimaires du Syctom de Romainville obtenaient, début septembre, leur requalification en CDI, voyant ainsi leurs demandes de titre enfin examinées.

Causes du blocage : ni l’article 40 de la loi Hortefeux ni la circulaire de janvier dernier, brèches par où se sont engouffrés les syndicats pour obtenir des régularisations, ne prennent les intérimaires en compte. Pour dénouer la situation, la CGT a rencontré le cabinet du ministre de l’Immigration, le 29 septembre. « On réfléchit. Il n’y a pas de texte, donc on cherche d’autres solutions », explique la secrétaire confédérale Francine Blanche, qui se dit « optimiste ». Prochain rendez-vous avec les services ministériels : le 22 octobre.

(1) Soirée de soutien, ce soir, pour « manger, boire, danser et discuter » au Point Éphémère (Paris 10e), dès 20 heures. Plus d’infos sur www.espoirs.info.

Marie Barbier

Jeudi 9 octobre 2008
 

Source Le Parisien

Thiais / Paris Store

Les sans-papiers demandent des indemnités de licenciement

A-L. A avec AFP | 02.10.2008, 07h00

DIX-SEPT ex-salariés de la société d’alimentation asiatique Paris Store, licenciés en 2007 parce qu’ils étaient munis de faux papiers, ont demandé hier devant le conseil de prud’hommes de Créteil le paiement des indemnités qui ne leur avaient pas été versées. Une bonne quarantaine de personnes, ex-salariés de Paris Store à Thiais, mais aussi de Métal Couleur à Bonneuil, dont l’audience a été reportée le 13 février, ainsi que des membres de comités de soutien ont assisté aux débats.

D’après Cécile Bouchaud, avocate de la CGT qui représente les salariés, l’employeur « savait parfaitement que les personnes qu’il employait étaient en situation irrégulière. Il avait le droit de les licencier, mais avec des indemnités de licenciement et des préavis, ce qui n’a pas été le cas. » Elle s’est notamment appuyée sur le jugement du tribunal correctionnel de Créteil, qui a condamné le 12 février 2008 Paris Store, laquelle a fait appel, pour emploi d’étrangers en situation irrégulière.

Dans sa décision, le tribunal faisait valoir les « faux grossiers présentés » par les salariés et « l’absence totale de contrôle des titres ». De son côté, Romain Sutra, l’avocat de Paris Store, a dénoncé un « discours caricatural ».

« On vient nous dire aujourd’hui que nous sommes des patrons voyous qui exploitons une main-d’oeuvre docile », s’est-il indigné, en affirmant que la société ne savait pas qu’il s’agissait de faux papiers et qu’elle avait réagi, avant le contrôle de l’inspection du travail, « chaque fois qu’il y avait eu un problème ». Le jugement a été mis en délibéré au 28 octobre.

Le Parisien

Jeudi 9 octobre 2008

Source Le Parisien

Massy

Les sans-papiers se font écrivains

L.C. | 07.10.2008, 07h00

ILS ONT OCCUPÉ plus de cinq mois l’église Saint-Paul de Massy, du 21 avril au 5 octobre 2007. Plus de 500 sans-papiers se sont relayés, campant sur le parvis la journée, dormant la nuit dans l’église pour obtenir leur régularisation (lire l’encadré). Chaque jour, des militants, au premier rang desquels Jeanne Davy, ont raconté cette lutte sur le Web. Plus de 100 « chroniques » ont été rédigées, envoyées régulièrement par mail tous azimuts. Celles-ci ont été rassemblées et publiées en juin dernier dans un recueil*. Un an après l’évacuation de l’église, voici quelques morceaux choisis.

- Chronique n° 1. Samedi 21 avril 2007. Bonjour. Les sans-papiers de l’Essonne (personnes seules, familles, jeunes majeurs) sont entrés en lutte aujourd’hui dans l’Essonne. Ils occupent actuellement l’église Saint-Paul à Massy (à côté de la place de France). Venez en masse les rejoindre et les soutenir dans leur lutte.

- Chronique n° 2. Mardi 24 avril. La journée d’hier fut quelque peu compliquée. De nombreux sans-papiers sont venus nous rejoindre. Le problème est qu’ils sont nouveaux pour nous et donc que le dossier est à reconstituer complètement. Chacun est impatient, et parfois un peu exigeant. Les « chargés de dossier » sont menés à dure épreuve. On ajoute ça à la constitution des listes des dormeurs, des présents, etc. Une sacrée organisation !

- Chronique n° 30. Jeudi 7 juin. Je viens d’avoir Claire-Lise au téléphone. Elle est au TA de Cergy-Pontoise actuellement. (…) Finalement le couperet est tombé : Moussa va être expulsé, il est en ce moment dans la voiture qui l’emmène à l’aéroport. Moussa a eu juste le temps d’embrasser Claire-Lise, complètement effondré, et est parti avec son petit blouson, c’est tout !

- Chronique n° 38. Mardi 19 juin. Vers 19 h 30, les choriste du Choeur pour la paix ont commencé à arriver. (…) Les choristes, composés de personnes de confessions catholique, musulmane, juive, sikhe, protestante (chanteurs et musiciens) ont entonné des chants représentatifs des diverses confessions. (…) A la fin, nous nous sommes levés et avons constitué une grande farandole dans toute l’église. Tout le monde (ou presque) a participé : paroissiens, sans-papiers, soutiens : moment magnifique !

- Chronique n° 40. Jeudi 21 juin. Aujourd’hui c’est notre anniversaire ! Déjà deux mois ! (…) C’est surtout la Fête de la musique. (…) Au programme : musique arabe, africaine, kurde. (…) Pendant ce temps, riverains et paroissiens, petit à petit arrivaient. Certains restaient un peu en retrait, n’osant pas s’intégrer dans le cercle des danseurs. Les sans-papiers les accueillaient, discutaient avec eux, proposaient gâteaux et jus de fruits.

- Chronique n° 99. Vendredi 5 octobre. Alors aujourd’hui, c’est le jour J. Les sans-papiers sont nombreux à l’église, suspendus à la sonnerie du téléphone de Sylvie qui annoncera le verdict. (…) De leur côté, Claire et Jeanne sont au TGI d’Evry. Elles attendent que leurs avocats redescendent du greffe pour leur communiquer le résultat. Las… le magistrat a donné raison à « l’évêque propriétaire ». (…) 18 h 15 : Christiane vient d’appeler. Les cars de CRS arrivent. Vite, prévenir la presse, les avocats, les soutiens… Les sans-papiers seront finalement évacués tard dans la soirée du 5 octobre, sous la pression des CRS. * « Chroniques des sans-papiers », Editions Syllepse, collection Utopie critique, 16 €.

Le Parisien

Jeudi 9 octobre 2008

LE MONDE | 07.10.08 | 14h21 • Mis à jour le 07.10.08 | 14h21

Le 6 octobre, Vinci, grand donneur d’ordres du BTP, a reçu 85 travailleurs sans papiers qui occupent, depuis le 3 juin, l’agence d’intérim ManBTP à Paris. Au cours de cette journée, chacun de ces anciens intérimaires s’est vu accorder un entretien de "prérecrutement". Vingt-six en sont ressortis avec une promesse écrite d’embauche en CDI par une des filiales franciliennes du groupe, sous réserve de leur régularisation. "Si nous faisons quelque chose c’est que nous avons des besoins de recrutement", insiste Erik Leleu, le directeur des ressources humaines.

Depuis l’été, le mouvement des travailleurs sans papiers ne touche plus seulement les salariés permanents. Les intérimaires, à leur tour, ont décidé de sortir de l’ombre. A Paris, après ManBTP le 3 juin, Perfect Intérim le 16 juin, une agence Manpower du 12e arrondissement le 19 septembre, deux nouvelles antennes d’entreprises d’intérim, Adecco et Vediorbis, sont occupées depuis le 30 septembre. En outre, dans le BTP, mais aussi le nettoyage, ou l’industrie du livre, d’autres intérimaires se joignent aujourd’hui au piquet de grève de leurs collègues salariés permanents.

Pour relancer l’immigration de travail, le gouvernement, dans le cadre de la loi du 20 novembre 2007, a rendu possible le recrutement d’intérimaires étrangers. Un contrat de travail temporaire peut désormais permettre à un immigré d’obtenir un premier titre de séjour.

Cependant, sur le millier d’étrangers régularisés depuis le début du mouvement il y a six mois, on compte seulement neuf intérimaires de la société RS Intérim à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Toutes les autres demandes sont bloquées. Les conditions posées par l’Etat sont strictes et intangibles : cinq ans de présence sur le territoire, douze mois de travail continu dans la même société, et une promesse de CDD d’un an ou de CDI. Or par définition, les intérimaires enchaînent les missions : rares sont ceux qui travaillent douze mois de suite pour la même société.

Conscients que les agences d’intérim ne pouvaient obtenir leur régularisation, les grévistes ont interpellé les grands donneurs d’ordres du BTP. Si certains admettent qu’ils ne peuvent occulter le problème, d’autres restent silencieux.

"Nous n’embauchons que des travailleurs en situation régulière et dont les compétences répondent à nos besoins. La résolution de ce problème est du ressort des pouvoirs publics. C’est une question politique", se contente-t-on de dire chez Bouygues Construction.

La question de la régularisation des intérimaires qui ne bénéficieront pas d’une requalification en CDI reste entière. "Nous ne pouvons pas, nous agences d’intérim, proposer de CDI, comme l’exige l’Etat", explique Martine Gomez, directrice de l’emploi de Manpower.

Cette dernière se dit pourtant disposée à examiner les dossiers d’anciens intérimaires. "Pour ceux qui auraient travaillé avec une fausse carte, au moins cinq ans dans l’intérim, nous sommes prêts à nous engager à leur trouver douze mois de mission dans les dix-huit mois qui suivent."

PROCÉDURES DE CONTRÔLE

Pour ces travailleurs, "dès lors qu’ils le méritent, qu’ils remplissent les mêmes conditions de présence, de qualification, d’emploi sur un métier en tension,il ne peut y avoir de discrimination avec les salariés en CDI , soutient François Davy, le PDG d’Adecco France. La France a besoin de cette main-d’oeuvre". Les professionnels de l’intérim rappellent avoir mis en place des procédures très strictes de contrôle des titres de séjour. Ils ne veulent en aucun cas être un vecteur d’immigration clandestine. Ils excluent de se mobiliser pour ceux qui ont utilisé le titre de séjour d’un autre, commettant ainsi une usurpation d’identité. Pour Martine Gomez, de Manpower, comme pour François Davy, chez Adecco, la vigilance est de mise.

Se sentant "désarmées", les grandes enseignes de l’intérim et leur syndicat professionnel, le Prisme, se sont tournés vers le ministère de l’immigration. Les discussions sont engagées depuis trois semaines.

Le gouvernement reste très réservé. "La solution ne peut être qu’au cas par cas. Il n’y aura pas une clé qui permettra de s’engouffrer dans une brèche", prévient le ministre Brice Hortefeux.

Laetitia Van Eeckhout

Article paru dans l’édition du 08.10.08.

Jeudi 9 octobre 2008

Source Le Parisien

EMPLOI/ BTP

200 000 à 300 000 sans papiers sur les chantiers

07.10.2008, 15h53

Selon la CGT construction, 200 000 à 300 000 travailleurs sans-papiers travaillent actuellement dans le bâtiment et les travaux publics en France. Et, assure, Eric Aubin, secrétaire général de la fédération, ces estimations n’ont jamais été démenties.

Pour rendre le bâtiment attractif, « les employeurs doivent financer un droit à la retraite adapté. Le travail est dur, les salaires bas, on y vient plus tard et on y meurt en moyenne à 62 ans », a expliqué à l’AFP Philippe Christman, secrétaire fédéral de la CGT construction.

Selon M. Christman, en cas de crise du BTP, « le risque est que les employeurs achètent le départ des salariés précaires, avec ou sans-papiers », en « faisant porter, de fait, une part du financement aux Assedic » et sans progrès de l’attractivité de la profession.

La CGT est engagée depuis la mi-avril dans une vaste campagne en faveur de la régularisation des salariés sans-papiers en France, dans des secteurs clés comme la restauration, le nettoyage, l’intérim et le BTP.

leparisien.fr

Mardi 7 octobre 2008

A l’issue d’une assemblée générale extraordinaire réunie samedi 4 octobre à Paris, la Cimade s’est dite "déterminée à poursuivre son action de défense des étrangers en rétention". Mais elle demande au ministre de l’immigration, Brice Hortefeux, de modifier le décret du 22 août réformant le dispositif d’aide aux personnes placées dans les centres de rétentions administratives (CRA) et l’appel d’offres qui a suivi le 28 août.

Souhaitant en finir avec le "monopole" d’intervention de la Cimade dans les CRA, le ministère a renoncé à maintenir une mission d’aide d’ensemble qui serait assurée en concertation par plusieurs associations, choisissant d’éclater la mission en huit lots distincts attribués à des prestataires de services. "Refusant ce morcellement" qui, selon elle, remettrait en cause le rôle de contrôle, la Cimade va rechercher, avec d’autres associations, les moyens de mettre en oeuvre une "mission nationale cohérente assumée conjointement."

La Cimade a-t-elle décidé d’engager un bras de fer avec le gouvernement ?

La Cimade a toujours été ouverte au dialogue et au compromis. Il y a eu des incompréhensions avec le ministre. Celui-ci a apporté des clarifications récemment qui peuvent permettre de trouver une solution qui convienne à tous, à condition que le dispositif juridique soit corrigé.

Sur quoi persiste le différend ?

Le ministre dit souhaiter que la Cimade poursuive son action en rétention, dans le cadre d’une mission dont il dit ne pas vouloir modifier la nature : défense des droits et témoignage de la société civile. Il souhaite que cette mission soit partagée entre plusieurs associations pour renforcer l’aide aux étrangers et permettre une pluralité de l’expression des ONG. La Cimade approuve tout cela, elle l’a dit et confirmé samedi. Le problème est que le décret et l’appel d’offres interdisent aux associations de travailler réellement ensemble. Comment vouloir la diversité et l’interdire dans le travail quotidien ?

Qu’attendez-vous concrètement ?

Comme le demandent de très nombreuses associations, le décret doit être modifié pour permettre le travail conjoint des ONG, aussi bien nationalement que dans un CRA. Une phrase du décret doit être pour cela supprimée. Ensuite, l’appel d’offres doit être réécrit car il contredit les affirmations du ministre. Ces corrections prendraient au plus quelques semaines : ce n’est rien s’il y a une volonté commune d’aboutir à un dispositif cohérent et acceptable par tous.

Propos recueillis par Laetitia Van Eeckhout

Texte libre

 

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