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Têtes Raides Concert au Bataclan (Paris) le 27 mars 2008.
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Lundi 6 octobre 2008
Ci-dessous un guide des dispositifs d'hébergement et de logement adapté, fait par le ministère
ce qui est bien, c'est que pour chaque type d'hébergement (CHRS,  CHU, nuitées d'hotel, CADA, CPH, etc.) et de logement adapté (résidence relais, FJT, foyer de travailleurs migrants, etc.), il y a une fiche explicative avec les référence des textes, le nombre de structures et/ou de places, et les évolutions envisagées.




Guide des dispositifs d'hébergement et de logement adapté - DGAS/DGALN - Septembre 2008 - 34 pages
 http://www.logement.gouv.fr/IMG/pdf/guide_des_dispositifs_hebergement_logement_cle7dd151.pdf <http://s3s.fr/l/5bL1GPBE457/ires-fr.org/
Lundi 6 octobre 2008
En ligne, en texte intégral, le n° 148 de la revue Informations sociales de la CNAF "Politiques de lutte contre les discriminations". Ce numéro d'Informations sociales interroge l’émergence et l’utilisation, aujourd’hui quelque peu galvaudée, du concept de discrimination et l’articulation avec la notion d’égalité. Il s'intéresse aux fondements des politiques de lutte contre les discriminations et aux outils utilisés. Enfin, il s’interroge sur la manière dont ces politiques se traduisent dans la réalité.
http://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2008-4.htm <http://s3s.fr/l/5bL1GPBE416/

Lundi 6 octobre 2008

par Angéline Escafré-Dublet [03-10-2008]

Qu’est-ce que l’immigration : un phénomène social ou un problème public ? Qu’est-ce qu’un immigré : un travailleur clandestin employé à bas prix dans les chantiers de construction, un « jeune des banlieues » de préférence en bande et plutôt musulman, ou un futur citoyen « méritant » de la nation française ? Toutes ces images sont déconstruites par la dernière livraison de la revue Agone.

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Recensé : Revue Agone, n° 40, « L’Invention de l’immigration », dossier coordonné par Choukri Hmed et Sylvain Laurens, 2008.

Chacun des articles réunis par Choukri Hmed et Sylvain Laurens dans la dernière livraison de la revue Agone démontre, à travers l’analyse de cas concrets, les raisons économiques, sociales et politiques de la construction d’une certaine vision de l’immigration en France et en Europe. Chacun permet de remettre en cause des constructions étrangement familières sur l’immigration et d’en démonter les mécanismes.

L’immigration comme « problème »

Les articles ici réunis contribuent à nous faire comprendre comment l’immigration a pu être construite comme problème public depuis plus d’un siècle [1]. Le matériau empirique va de l’étude des collaborateurs aux plus hauts sommets de l’État à celle des administrateurs de préfecture, en passant par les experts ès immigration dans la haute fonction publique, les employeurs du bâtiment, les journalistes et les militants. Chacun à leur niveau, ils sont autant d’émetteurs d’un discours sur l’immigration. En les mettant en résonance les uns par rapport aux autres, l’ouvrage permet de mieux apprécier la construction de l’immigration comme problème dans nos sociétés.

La perspective historique n’est pas absente de l’analyse, qui conduit à envisager une construction du problème dans le temps. Gérard Noiriel identifie la « naissance » du problème au tournant des années 1880, quand le mot « immigration » fait pour la première fois irruption dans le vocabulaire politique français. Le phénomène est alors mis en relation avec deux éléments antithétiques qui scellent le rapport complexe de l’État à l’immigration, entre rejet et nécessité : la peur de l’étranger d’une part, et l’impératif démographique, d’autre part. Benoît Larbiou met en évidence l’émergence de deux logiques antithétiques supplémentaires dans l’entre-deux-guerres : la logique productive prônée par les employeurs (la main-d’œuvre étrangère est nécessaire à l’économie française) et la logique de protection du travail national (défendue par les syndicats). Or, dès cette période, des experts ès immigration apparaissent au sein de l’administration centrale de l’État. Ils sont les premiers à poser un consensus sur la manière d’aborder la question d’immigration : garantir que l’immigration fournisse des travailleurs aux entrepreneurs français, sans provoquer un déséquilibre du marché du travail et sans constituer une menace à l’ordre public, tout en assurant une relève démographique.

Les angles d’attaque se diversifient à travers les contributions de Victor Pereira et de Choukri Hmed. Victor Pereira offre le point de vue d’un pays de départ, le Portugal de 1957 à 1974. Sous la dictature de Salazar, si l’émigration est officiellement considérée comme un problème parce qu’elle prive de bras les grands propriétaires terriens, elle est officieusement considérée comme une solution tant l’afflux de devises étrangères est souhaitable pour une économie qui peine à prendre le chemin de la modernisation. Choukri Hmed s’intéresse aux mobilisations et à la construction d’une identité collective des travailleurs immigrés à l’occasion de la grève des loyers dans les foyers (1973-1981). L’image du travailleur immigré qui en ressort est alors tributaire d’un contexte politique déterminé : celui du mouvement ouvrier et de la rhétorique de la lutte des classes. Elle laisse de côté d’autres éléments constitutifs de l’identité des travailleurs immigrés qui auraient pu être mobilisés, comme le droit à une pratique religieuse, par exemple.

Enfin, le point d’orgue de la partie historique de cet opus est la chronique de la visite des maliens à l’Élysée, livrée par Sylvain Laurens. À travers le récit de cette mise en scène – l’invitation à déjeuner que lance Valery Giscard d’Estaing aux éboueurs de l’Élysée le matin du 24 décembre 1974 –, il met en tension les logiques opposées qui animent la construction du problème de l’immigration par le chef de l’État : la démonstration présidentielle de sa charité sociale, d’une part, et le cantonnement des travailleurs immigrés aux tâches subalternes de l’activité économique française, d’autre part. En 1974, la maîtrise des flux migratoires est présentée comme un instrument de résolution de la crise et la création d’un secrétariat d’État aux travailleurs immigrés consacre la construction de l’immigration comme problème public.

Les immigrés comme individus « problématiques »

Les contributions contemporaines de l’ouvrage se rapportent moins à la construction de l’immigration comme problème qu’à celle des immigrés comme individus problématiques, en raison de leur opinion, de leurs mœurs ou de leur présence illégale sur le territoire. Plusieurs résultats d’enquêtes ethnographiques permettent de croiser les regards sur une population placée sous le signe de la suspicion.

L’enquête menée par Jérôme Berthaut dans la salle de rédaction d’un journal télévisé national fait clairement apparaître les étapes de la construction de l’image des « jeunes des cités ». La posture du journaliste en quête d’opinions contrastées sur la guerre en Irak, la dynamique qui s’instaure au sein de l’équipe de rédaction et le rôle du « fixeur » – interlocuteur qui sert d’accompagnateur « en banlieue » –, tous ces éléments participent de l’élaboration d’une image des enfants issus de l’immigration qui a plus à voir avec le contexte politique – le 11 septembre 2001, la guerre en Irak – qu’avec une quelconque réalité sociale. Chacun répond à des enjeux plus larges et la rencontre avec les « jeunes des cités » ne joue qu’un rôle périphérique, au service d’une construction médiatique de la réalité sociale. Une autre enquête ethnographique dans les bureaux de préfecture met en scène d’autres immigrés, des étrangers engagés dans un processus de naturalisation. Sarah Mazouz démontre que ces derniers reprennent à leur compte un éventail de catégories morales associées à un processus, au demeurant proprement juridique. Ainsi, du droit à devenir français en vertu de critères précis (la résidence, les revenus, etc.), administrateurs et administrés glissent vers les notions de « mérite » associé au fait de bien parler français ou de ne pas être voilée.

En forme d’épilogue, la contribution de Nicolas Jounin présente l’immigration non plus comme un problème mais comme une solution, pour les entreprises du bâtiment à la recherche de main-d’œuvre bon marché. Le recours à des travailleurs clandestins n’est guère assumé par les grandes entreprises, mais bien sous-traité à de plus petites structures qui prennent les risques juridiques et financiers. L’illégalité est ainsi « externalisée » (p. 183). Or le recours des travailleurs immigrés parfois sans papiers est une solution à un problème qui n’en est pas un. En effet, la pénurie de main-d’œuvre souvent avancée par les grandes entreprises vient essentiellement du fait que la rémunération est très basse dans cette branche d’activité par rapport à la fatigue et aux risques qui lui sont associés. Nicolas Jounin offre ainsi une des rares études sur la question de l’immigration vue par le patronat et son travail fait échos aux analyses de Benoît Larbiou sur l’importance de la logique productive dans la construction de l’immigration comme problème.

Regard critique et « modes intellectuelles »

À l’origine du projet figure la volonté des deux chercheurs de renouveler le domaine des études sur l’immigration. Ils parviennent à lier, par une problématique commune, des objets différents. Ils affirment également leur volonté de se situer « en décalage » par rapport aux débats académiques anglo-saxons, aux « modes intellectuelles » du post-moderne et du post-colonial (p. 9-10). En effet, les auteurs nous montrent que la dynamique coloniale n’est jamais absente dans la construction de l’immigration comme problème. Les acteurs d’une politique opèrent une « mise à distance » des immigrés, comparable à celle pratiquée vis-à-vis des sujets coloniaux. Par critique du post-colonial, les auteurs entendent la critique d’analyses qui n’accordent pas assez d’importance aux logiques coloniales. Ils se situent à l’opposé d’une autre critique, qui cherche à évacuer la période coloniale de notre compréhension de l’expérience contemporaine [2].

Afin de resituer le débat outre-atlantique, il faudrait également mentionner que certains chercheurs qui travaillent sur la France « post-coloniale » s’inscrivent dans des démarches propres à leur univers académique [3]. Ces problématiques structurent des équipes de recherche, par-delà les études sur la France, et permettent de les « tenir ensemble », pour reprendre une expression utilisée par les auteurs. Au-delà du postulat sur la situation contemporaine, on peut voir dans l’utilisation de la terminologie post-coloniale une dimension heuristique et structurante. En outre, pour ce qui est de l’étude des questions d’immigration outre-atlantique, il faut garder à l’esprit une différence d’objet. Il est difficile de trouver dans l’histoire américaine une étude des pratiques administratives, puisque l’encadrement de l’immigration a été peu centralisé [4]. L’histoire de la construction de l’immigration comme problème public fait sens dans le contexte d’un État fort et centralisé comme la France.

Enfin, pour aller dans le sens du projet éditorial de l’ouvrage, il faut ajouter que les travaux qui relèvent des post colonial studies, par l’attention qu’ils apportent à l’étude du discours [5], tendent parfois à s’éloigner de l’étude des cas concrets. Or l’« invention de l’immigration » met les pratiques des acteurs au cœur de l’analyse et bénéficie d’un matériau empirique riche, grâce aux nombreuses recherches récemment conduites sur l’immigration. Elles permettent une démultiplication des regards et des objets qui apportent de nouvelles données concrètes et opérationnelles pour l’analyse. La réflexion menée dans cet ouvrage ne le situe donc pas en marge de certains débats conceptuels ; au contraire, elle place ces contributions au centre des études sur l’immigration en France et en Europe.

par Angéline Escafré-Dublet [03-10-2008]

Notes

[1] Sur la notion de construction d’un problème public, les auteurs inscrivent leur démarches dans l’analyse d’Erik Neveu, « L’approche constructiviste des « problèmes publics » », Études de Communication, 1999, n° 22.

[2] Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, Paris, Flammarion, 2006.

[3] On pourrait citer Paul Silverstein, Algeria in France. Transpolitics, Race, and Nation, Bloomington et Indianapolis, Indiana University Press, 2004 ; Herman Lebovics, Bringing the Empire Back Home : France in the Global Age, Durham : Duke University Press, 2004 ; et Todd Sheppard, The Invention of Decolonization. The Algerian War and the Remaking of France, Ithaca, Cornell University Press, 2006.

[4] Une nuance doit être apportée avec l’apparition de travaux d’historiens qui se concentrent sur la construction des immigrés par le droit. Voir Mae Ngai, Impossible Subjects. Illegal aliens and the making of modern America, Princeton University Press, 2005.

[5] On retrouve ainsi la problématique du post-colonial dans les études littéraires et dans les cultural studies. Voir notamment Alec Hargreaves, Mark McKinney, Post-colonial cultures in France, Londres, Routledge, 1997.

http://www.laviedesidees.fr/Le-probleme-de-l-immigration.html


Mercredi 1 octobre 2008
Carine Fouteau, Danièle Lochak, 
 Immigrés sous contrôle : Les droits des étrangers : un état des lieux,
Paris : Le Cavalier Bleu, août 2008.

# Broché : 171 pages
# Editeur : Le Cavalier Bleu (25 août 2008)
# Collection : Libertés Plurielles
# Langue : Français
# ISBN-10 : 284670211X
# ISBN-13 : 978-2846702119


Site éditeur : http://www.ideesrecues.net/libertesplurielles/immigresouscontrole.html


Présentation de l’ouvrage :
La liberté de circulation, le droit de vivre auprès de ceux que l’on aime ou de gagner sa vie sont-ils réservés aux habitants des pays riches ? La question peut paraître incongrue en 2008, tant l’idée de l’universalité des droits de l’Homme a fait son chemin. Pourtant, force est de constater que la politique d’immigration française - et désormais européenne - conduite depuis trente ans a fait régresser à bien des égards la condition des migrants. Combien de familles empêchées de rejoindre leurs proches ? Combien de demandeurs d’asile refoulés ? Combien de personnes vivant et travaillant en France depuis des années reconduites à la frontière ? Les " sans-papiers ", les " clandestins ", les " immigrés ", sont d’abord des hommes et des femmes qui ont droit au respect de leurs droits fondamentaux. Mêlant mise en perspective historique, analyse des faits et interviews, les auteures dressent ici un état des lieux complet des droits des étrangers en France. Au-delà, elles soulignent les impasses d’une politique qui, érigeant barrage après barrage, ne parvient pas à atteindre son objectif de " maîtrise " des flux migratoires. Le réalisme n’imposerait-il pas de chercher des solutions pour accueillir les migrants plutôt que d’imaginer sans cesse de nouveaux dispositifs pour les refouler ?

Biographie des auteurs :
Danièle Lochak, professeure de droit à l’université de Paris X•Nanterre, est l’ auteure de nombreuses publications sur les droits de l’Homme, la politique d’immigration et les différentes formes de discriminations. Elle a été de 1985 à 2000 présidente du GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), dont elle est toujours membre. Elle est également vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme. Carine Fouteau est journaliste. Elle écrit pour le journal d’information en ligne Mediapart.fr, après avoir travaillé aux Échos. Elle est membre du comité de rédaction de la revue Vacarme.


Au sommaire


Introduction
— Les origines

Hier
— La législation, reflet des politiques d’immigration
— Du contrôle du séjour…
— au contrôle de l’emploi
— Le tournant de 1974
— La continuité derrière les alternances
— Sombre bilan
— La politique Sarkozy : quel changement ?



Faits Récents

Aujourd’hui

— Chapitre I : Entrer en France
La France, l’Europe et l’espace Schengen
Une accumulation d’exigences
La logique du soupçon
Des procédures opaques et arbitraires
Des frontières très contrôlées
Le maintien en zone d’attente
La « crise » du droit d’asile

— Chapitre II : Avoir des papiers
Une question lancinante
Qu’est-ce qui donne droit au séjour ?
L’accumulation des conditions à remplir et des preuves à fournir
Conserver son droit au séjour
La menace de l’éloignement

— Chapitre III : Sous l’œil vigilant de la police
Contrôles
Fichage
Enfermement
Dans le labyrinthe des centres de rétention, reportage au Mesnil-Amelot
Traitements inhumains et dégradants

— Chapitre IV : Travailler
Un droit conditionné
Travailler sans papiers
Des travailleurs choisis, mais « jetables » ?
Immigration choisie et emploi : entretien avec François Brun
Égalité des droits
Emplois fermés

— Chapitre V : Vivre en famille
Se marier
Le regroupement familial : un droit en peau de chagrin
Vivre en famille

— Chapitre VI : Se soigner, se loger, s’instruire
Vivre décemment
Se soigner
Un droit à la santé de plus en plus compromis : entretien avec Antonin Sopena
Se loger
S’instruire

— Chapitre VII : Citoyens, quand même ?
L’absence de droits politiques
L’association des étrangers à la vie publique locale
D’autres formes de citoyenneté


Demain
— Perspectives européennes
— Un autre regard sur l’immigration
— Pour une autre politique
— Immigration et co-développement : entretien avec Madjiguène Cissé
— Quelle ouverture des frontières ?
Mercredi 1 octobre 2008

« PLEIN DROIT », LA REVUE DU GISTI

Saisonniers en servage

N° 78, octobre 2008

couverture
Dans la vallée du Rhône, en Andalousie, dans la région des Pouilles en Italie, la transformation totale des modes de culture des fruits et légumes s’est accompagnée d’une précarisation encore accrue, et aujourd’hui extrême, de la main-d’œuvre, majoritairement étrangère, de ce secteur. Contrats courts voire emploi illégal, dépendance totale vis-à-vis d’employeurs imposant des conditions de travail et d’hébergement indignes, invisibilisation des atteintes à la santé, tout un système d’exploitation et de déréglementation du droit du travail s’est développé contre lequel les saisonniers étrangers tentent depuis quelques années de se mobiliser.

Sommaire

Édito

  • Rétention : le ministre ment

Dossier — Saisonniers en servage

  • L’« emploi saisonnier » : une notion extensible
  • De la saison à l’univers concentrationnaire
  • Un collectif de lutte contre l’exploitation
  • Le nouveau serf, son corps et nos fruits et légumes
  • Quand l’État organise la violation du droit
  • Des droits sociaux même pas saisonniers
  • « C’est pour la fraise »
  • Dans les Pouilles, les caporali font la loi
  • Des mains délicates pour des fraises amères
  • Saisonniers californiens : la précarité en crise

Jurisprudence [Cahier central]

  • Droit des travailleurs saisonniers agricoles
    (les décisions)

Hors-thème

  • Discriminations ? Les étrangers saisissent la Halde

Mémoire des luttes

  • Philippe Waquet, au coeur de la « fabrique du droit »

Ont collaboré à ce numéro : Delphine d’Allivy-Kelly, Véronique Baudet-Caille, Emmanuel Blanchard, Cristina Brovia, Violaine Carrère, Sébastien Chauvin, Clément Dalançon, Frédéric Decosse, Nicolas Duntze, Nathalie Ferré, Hervé Gouyer, Emmanuelle Hellio, Liora Israël, Anaïs Leonhardt, Alain Morice, Odile Schwertz-Favrat, Serge Slama, Alexis Spire, Hélène Spoladore.

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Mardi 30 septembre 2008
Né d’une initiative lancée par deux auteurs, Nicole Caligaris et Éric Pessan, à l’automne 2007, en réaction à la politique française d’immigration, ce recueil présente treize correspondances littéraires entre auteurs d’origines et d’horizons divers.
Appel lancé en septembre 2007 par Nicole Caligaris et Éric Pessan

« Décès en nombre de migrants clandestins, contrôles d’identité au faciès, arrestations de personnes qui n’ont pas commis d’autre délit que de résider en France sans permis de séjour, rétention administrative, embarquements de force dans les avions – fût-ce au prix de la vie des personnes –, rafles dans les rues, sur les lieux de travail et, désormais, interpellations au domicile des gens, avec la terrible conséquence de provoquer des réactions de panique et de tragiques accidents : chaque jour, en France, nous regardons notre pays dans le miroir que lui tend l’actualité, chaque jour, le reflet est plus difficile à contempler. Non seulement nous sommes scandalisés et terrifiés par le sort que notre gouvernement, que notre justice réservent aux immigrants sans visa mais nous voyons aussi, dans l’escalade de la répression menée et des violences qui l’accompagnent, une grave régression de notre république.

Écrivains français, nous avons publié des textes individuels et des textes collectifs où s’exprime notre indignation, nous avons encore confiance dans le pouvoir des mots et nous avons l’intention de continuer, de ne pas cesser d’écrire que nous ne sommes pas indifférents à ces situations, à ces décès. Nous refusons de les accepter comme des dommages inévitables et de peu d’importance : nous les considérons, au contraire, comme des violences intolérables et les effets d’une politique dont nous n’avons pas fini de déplorer l’inconséquence.


http://www.ventsdailleurs.com
Lundi 29 septembre 2008

Par , et


INTERVENTION. La grève des travailleurs sans-papiers marque le retour de la figure de l’immigré comme travailleur, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de lutte. Analyse, par Sébastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie Tourette.

Ce texte a été rédigé en avril 2008.

Le mardi 15 avril 2008 au matin, trois cents travailleurs sans papiers se mettent en grève simultanément sur une douzaine de sites en région parisienne : entreprises de nettoyage, restaurants, magasins, chantiers de démolition. Deux semaines plus tard, ils sont plus de six cents, répartis sur vingt sites. Epaulés par la CGT et l’association Droits Devant !!, ils demandent leur régularisation. Cette grève coordonnée est la première de l’histoire du pays. En quelques semaines, elle a relégué au second plan une actualité dominée par les rafles et les expulsions et remis sur le devant de la scène politique une figure qui en avait disparu : celle du travailleur immigré.

Alors que dans la France des années 1970, les luttes ouvrières avaient été au cœur de la question de l’immigration, elles disparaissent brusquement au début des années 1980 pour faire place à des questionnements sur le racisme, l’intégration culturelle, le devenir scolaire des enfants d’immigrés et les « violences urbaines » dans les quartiers populaires [1]. Le regroupement familial prend la place de l’immigration de travail comme principale voie légale d’entrée sur le territoire. En février 1980, des sans-papiers turcs employés dans la confection et syndiqués à la CFDT se mettent bien en grève de la faim mais, pourtant victorieux, leur mouvement ne fait pas d’émules [2]. Après la régularisation d’environ 130 000 personnes (majoritairement des travailleurs célibataires) par le gouvernement socialiste en 1981-82, les étrangers non autorisés restent invisibles pendant plus d’une décennie.

Introuvables salariés sans papiers

Le nouveau mouvement des « sans-papiers » qui émerge au milieu des années 1990 rompt avec l’image de clandestins sans voix et contribue à leur donner un visage. Mais il appuie avant tout ses demandes de régularisation sur un discours de droits humains universels. Les grèves sont des grèves de la faim. On occupe des églises et non des entreprises. Les leaders du mouvement s’affichent comme des citoyens du monde plus que comme des salariés. Leurs sources de revenu restent dans l’ombre et leurs employeurs ne sont pas mis en avant. Dans ce nouveau contexte, le GISTI, jusque là « Groupe d’Information et de Soutien aux Travailleurs Immigrés » devient, le 9 octobre 1996, « Groupe d’Information et de Soutien des Immigrés ».

Quant aux syndicats, ils ne sont qu’un appui parmi d’autres à ce qui apparaît alors comme un mouvement de droits civiques, moralement juste mais étranger au monde du travail. En 1996, un millier de sans-papiers chinois salariés de la confection et de la restauration adhèrent bien à la CGT en région parisienne. Mais la syndicalisation de la main-d’œuvre sans papiers n’est pas encore à l’ordre du jour. « Les syndicats ont défendu les sans-papiers en tant que personnes privées de titres de séjour et par conséquent privées de droits, témoigne Emmanuel Terray, alors acteur du mouvement. Mais pendant un certain temps, peut-être à cause de résistances internes, ils ont hésité à prendre en charge les sans-papiers comme travailleurs. » L’idée de former un nouveau syndicat de la confection parisienne, qui aurait pu compter 3 000 membres, est repoussée.

Cette mise en sourdine du travail s’est poursuivie dans les années 2000, aussi bien dans les médias que dans les associations de soutien et dans les collectifs de sans-papiers. Au printemps 2008, lorsqu’en préparation des actions à venir, la CGT demande à ces derniers de lui indiquer les entreprises où travaillent leurs membres, leurs responsables doivent se renseigner : l’information n’avait jamais été collectée de manière systématique.

Répression accrue et arbitraire d’Etat

Depuis le retour de la droite au pouvoir en 2002, la répression à l’encontre des sans-papiers s’intensifie. Alors que le nombre d’expulsions n’était que de 10 000 en 2003, il atteint près de 24 000 en 2007. Pas moins de trois lois en quatre ans ont durci les conditions du regroupement familial, fragilisé les conjoints étrangers, et supprimé plusieurs voies de régularisation automatique, notamment celle qui se fondait sur une présence de dix ans en France. Ces nouvelles dispositions n’impliquent pas en elles-mêmes une diminution des régularisations : si ces dernières peuvent être arbitrairement refusées, elles peuvent être tout aussi arbitrairement accordées. Simplement, c’est l’immigration choisie par les individus (les migrants, leurs proches, leurs amis) qui est restreinte au profit d’une sélection discrétionnaire par l’Etat, guidée par les besoins présumés du marché du travail. La loi du 24 juillet 2006 remet ainsi au goût du jour la carte de séjour « salarié » mais la cantonne à des métiers et des zones géographiques « caractérisés par des difficultés de recrutement ».

Les pouvoirs publics justifient cette politique restrictive en répétant qu’elle favorise en retour l’intégration de « l’immigration légale ». En réalité, une bonne part des étrangers en situation régulière sont menacés de ne pas voir renouveler leur titre de séjour. En multipliant les risques pour les immigrés de se retrouver dans l’illégalité, la répression accrue a pour conséquence paradoxale de venir grossir les rangs des plus « intégrés » des sans-papiers : étudiants perdant leur titre de séjour suite à un redoublement ou une réorientation, parents d’étrangers réguliers exclus du regroupement familial, salariés sans-papiers présents depuis plus de dix ans, etc. Ces catégories forment le noyau du mouvement actuel.

Pendant que le gouvernement français prône une « immigration de travail » régulière et strictement encadrée, les travailleurs sans papiers sont, eux, davantage traqués et leurs employeurs menacés. A l’automne 2003 déjà, le législateur avait envisagé de condamner pénalement l’étranger travaillant sans autorisation, renversant la doctrine traditionnelle selon laquelle seul l’employeur est responsable. Sur le terrain, les contrôles de police se multiplient, amenant parfois à des vérifications systématiques de tout le personnel d’une entreprise. D’autres institutions sont mises à contribution : les inspecteurs du travail et de l’URSSAF sont désormais sommés d’effectuer des contrôles conjointement avec la police, tandis que les agents des caisses primaires d’assurance maladie doivent vérifier de manière plus systématique les documents produits par les étrangers. Le décret du 11 mai 2007 oblige l’employeur, pour toute embauche d’un étranger, à communiquer préalablement les papiers de ce dernier à la préfecture afin de les authentifier.

C’est pourquoi, depuis un an environ, les sans-papiers trouvent plus difficilement à s’employer, tandis que les licenciements pour défaut d’autorisation de travail sont de plus en plus nombreux. Sékou, 38 ans, travaillait ainsi comme couvreur depuis 1996 : « Dans le bâtiment, il y a du travail partout. Mais maintenant les patrons ne peuvent pas te prendre s’ils n’ont pas vérifié tes papiers. Ils envoient tes papiers à la police et ensuite ils refusent de te prendre. Certains patrons sont obligés de refuser des chantiers parce qu’ils manquent de main-d’œuvre. » Du coup, les stratégies de contournement s’affinent : « Maintenant, il y a plus de fausses pièces d’identité françaises, explique un commercial de la société de travail temporaire LPI, qui préfère garder l’anonymat. Les sans-papiers savent qu’on n’a pas d’obligation de les vérifier ».

Tout en encadrant plus strictement le droit au regroupement familial (notamment par le biais de tests ADN), la loi du 20 novembre 2007 introduit la possibilité d’une « admission exceptionnelle au séjour » pour les étrangers salariés. Elle est aménagée un mois plus tard par une circulaire, qualifiée de raciste par ses opposants, qui facilite l’accès à 150 métiers dits « en tension » pour les seuls ressortissants des nouveaux États de l’Union Européenne, et n’ouvre aux non communautaires qu’une liste de 30 métiers hautement qualifiés, spécifiés selon les régions. Or, ces derniers (« informaticien expert », « attaché commercial », etc.) sont bien loin des emplois aujourd’hui effectivement occupés par les sans-papiers africains ou asiatiques. La circulaire du 7 janvier 2008 ajoute quant à elle une condition : que le demandeur puisse prouver un « engagement ferme de son employeur ».

Ces nouvelles dispositions ont laissé espérer à des dizaines de milliers de personnes l’éventualité d’une régularisation sur la base de leur emploi. Elles ont donc eu un effet symbolique disproportionné comparé aux possibilités juridiques limitées qu’elles ouvrent dans les faits. Mais elles ont aussi fourni au mouvement naissant des travailleurs sans papiers les termes d’une revendication minimale : l’ouverture des 150 métiers à tous les étrangers, la promesse d’embauche de l’employeur comme condition suffisante de la régularisation.

Avant même la parution de ces circulaires, les premières grèves de sans-papiers avaient eu lieu dans les entreprises Modelux, Métal Couleur et Buffalo Grill, appuyées par l’Union locale CGT de Massy et son secrétaire Raymond Chauveau. Les revendications ont alors pris une ampleur nouvelle grâce au poids politique des organisations de salariés. « Les associations peuvent protéger les sans-papiers en tant qu’exclus, explique Maryline Poulain, coordinatrice du groupe ‘Sans-papiers… et travailleurs !’ du collectif Uni-e-s Contre l’Immigration Jetable. Mais les syndicats sont légitimes pour défendre leurs droits de travailleurs et montrer qu’ils sont déjà inclus dans la société. » Suite à ces premières grèves très médiatisées, de plus en plus de sans-papiers affluent dans les permanences syndicales, souvent à l’occasion d’un licenciement. « Début 2007, il y a eu un premier licenciement dans mon entreprise, explique au premier jour de la grève Moussa Traoré, qui travaille chez Veolia depuis 10 ans comme rippeur. Depuis, ils virent les sans-papiers un par un, quand ils trouvent un remplaçant. Si on ne bouge pas, ils vont rapidement faire le ménage. »

En tant que travailleurs

La nouvelle campagne syndicale met en relief des faits qui n’étaient jusque là connus que d’une minorité : la quasi-totalité des immigrés sans papiers travaillent ; beaucoup ne travaillent pas au noir mais chez des employeurs qui ont pignon sur rue ; ces emplois « illégaux » peuvent être déclarés et donner lieu à versement de cotisations sociales. Quoique précaires, les travailleurs sans papiers sont gardés durablement par les mêmes employeurs, au besoin en changeant d’identité. Ils n’y restent pas nécessairement dans les échelons les plus bas de la hiérarchie et peuvent connaître des formes de promotion, bénéficier d’augmentations, ou encore obtenir des congés payés. Mais ces « droits » restent bridés par leur statut de sans-papiers, qui les soumet davantage au bon vouloir de leur employeur.

Ces éléments d’intégration concernent également le système de protection sociale. Les sans-papiers en grève ne se revendiquent pas seulement travailleurs, mais aussi salariés, c’est-à-dire cotisants [3]. Qu’ils utilisent la carte Vitale [4] d’une autre personne, ou qu’ils aient obtenu une carte à leur nom, ils sont nombreux à effectuer des versements aux organismes, mais beaucoup moins à percevoir dans les faits les prestations correspondantes, subventionnant de ce fait la Sécurité Sociale.

A l’instar du Réseau Education Sans Frontières qui a fondé ses revendications sur la figure de l’élève et de ses parents insérés dans un voisinage, les salariés sans papiers mettent en avant non plus leur marginalité mais au contraire leur intégration concrète au salariat, dans ses dimensions individuelle et collective. A cet égard, la lutte elle-même est pour beaucoup d’entre eux l’occasion de découvrir les droits dont ils jouissaient déjà en France, sans toujours le savoir, par le seul fait d’avoir un emploi : droit au salaire minimum, au repos hebdomadaire, aux indemnités de licenciements, droit à réclamer les salaires impayés ou de poursuivre leur employeur aux prud’hommes. Les grévistes ne se présentent plus comme des « sans-droits » mais comme des salariés qui ont déjà des droits, et qui réclament en quelque sorte le « reste ».

Une figure imposée ?

Cette mutation de la figure de l’étranger est d’abord une conséquence du récent tournant gouvernemental vers l’« immigration choisie ». Les syndicats se sont adaptés à ce changement : ainsi la CGT fonde son action sur des sans-papiers qui possèdent un emploi formel et peuvent donc fournir des fiches de salaires. Beaucoup peuvent aussi prouver que leur patron était au courant de leur situation : certains ont été licenciés sous une identité et à nouveau embauchés sous une autre ; d’autres savent que leur patron a reçu une lettre de la sécurité sociale leur indiquant que le numéro de carte de séjour utilisé par leur employé était faux.

Parmi les droits auxquels ouvre automatiquement le travail, il y a le droit de faire grève. Les pouvoirs publics peuvent envoyer les CRS sur une grève de la faim, mais plus difficilement sur une grève syndicale avec occupation d’entreprise. Pour les sans-papiers grévistes, c’est souvent une découverte. « Le premier soir d’occupation, notre patron a téléphoné à la police, témoignent ceux du restaurant Chez Papa dans le 10ème arrondissement. Vingt policiers sont arrivés. On avait très peur. Mais les délégués syndicaux nous ont expliqué qu’on avait le droit d’occuper notre lieu de travail et qu’il fallait un référé de justice pour nous évacuer. En faisant grève, on a décidé de ne plus se cacher, on nous a vus partout, un ami nous a même appelés d’Espagne pour dire qu’il nous avait vus à la télé. Finalement, c’est ça notre meilleure protection. »

L’expérience même de l’absence de répression produit un effet libératoire pour les grévistes et nourrit l’espoir des sans-papiers qui les observent. Dans les unions locales de la CGT, les permanents n’arrivent plus à faire face à l’afflux des demandes et doivent se contenter de noter les coordonnées de chaque nouveau travailleur sans papiers et le nom de son entreprise. A l’association Autremonde, qui anime des ateliers d’alphabétisation dans plusieurs foyers d’immigrés, on note que les autres sans-papiers se sont identifiés aux grévistes et veulent suivre le mouvement, même si la méfiance n’a pas complètement disparu. Dans les réunions d’information, les questions fusent : « Si on va voir les syndicats de notre entreprise, ils ne vont pas nous dénoncer ? », « Est-ce qu’on peut aller voir les syndicats même si on n’a pas de problèmes avec notre patron ? », « Est-ce qu’on peut se mettre en grève tout seul ? », « Ça fait 5 ou 6 ans que tu travailles pour ton patron, comment lui dire que tu es sans papiers ? » Certains sont prêts à se rendre en préfecture, imaginant à tort que, puisque des grévistes sont régularisés, la loi a changé et qu’ils ont désormais toutes leurs chances. Du côté des patrons aussi la grève joue un rôle d’accélérateur, mais dans l’autre sens : certains, qui ne sont pas touchés par la grève, cherchent à se débarrasser au plus vite de leurs salariés sans papiers devenus compromettants.

Des actions de solidarités ont lieu sur certains des sites occupés. Les grévistes, souvent anxieux le premier jour de la grève, défilent fièrement quinze jours plus tard dans le cortège du premier mai, applaudis par les passants. Entre temps, se sont écoulées de longues journées d’occupation, faites d’ennui, mais aussi de la satisfaction de découvrir que d’autres personnes « avec papiers » soutiennent la grève. Au chantier de la rue Xantrailles, situé dans un quartier populaire du 13ème arrondissement de Paris, de nombreux habitants apportent leur aide. Les militants CGT proposent aux passants d’entrer dans la cour occupée, d’aller parler avec « les copains ». Tous n’osent pas. Mais certains au bout d’une semaine ont déjà leurs habitudes. Samedi 19 avril, en début d’après-midi, une habituée emporte le linge sale des grévistes à la laverie. Une timide murmure avec une couette sous le bras : « Ma voisine m’a dit que vous auriez peut-être besoin de ça ? » Une trentenaire est passée la veille demander ce qui serait utile ; elle revient avec des bananes et des oranges. Une dame à lunettes propose d’apporter des livres pour occuper les longues journées d’inactivité. Ceux qui militent pour d’autres causes viennent dire leur solidarité : une mère de famille « en lutte pour les crèches », des militants du Réseau Education Sans Frontières… Pique-niques et barbecues sont organisés sur les sites occupés, avec les habitants du quartier. Des collectes sont réalisées pour soutenir les grévistes. Des élus passent aussi apporter leur soutien. Les patrons sont plus accommodants qu’au début : ainsi, la première grosse colère passée, le patron de l’entreprise LPP, située à Boissy-sous-saint-Yon, dans l’Essonne, a installé des toilettes et des bungalows.

Le discours des grévistes sur leurs patrons n’est pas uniforme, signe de la diversité des cas de figure. Mamadou, un gréviste qui conduit depuis trois ans des minipelles et des bulldozers sur des chantiers (sans permis), trouve son employeur portugais « sympa », est déjà parti en week-end à Lisbonne avec lui. Mais il s’est tout de même mis en grève, car son absence de papiers est devenue trop problématique : suite à un contrôle d’identité, son patron, trois collègues et lui se sont retrouvés en garde à vue. Le patron a alors déclaré : « Tous ceux qui n’ont pas de papiers, vous allez arrêter de travailler. » Mamadou décrit un chef d’entreprise pris au dépourvu, conseillant à ses employés d’aller chercher de l’aide auprès des syndicats. Samba, 27 ans, est, lui, beaucoup plus remonté contre son employeur : « Il n’est même pas encore venu nous voir. On a vu dans le journal [5] un patron qui est avec ses employés, qui demande leur régularisation. Ce serait bien que notre patron fasse pareil. Si tu n’as pas de papiers, les lois n’existent pas pour toi. Par exemple, tu ne pourras jamais trouver un appartement. » L’un de ses collègues confirme : « Notre patron nous traite comme des chiens. Il nous dit : ‘‘T’as pas de papiers, tu fais ce que je te dis ou je te vire. La porte est ouverte, il y a d’autres travailleurs qui attendent.’’ Quand il m’a embauché, il m’a dit qu’il savait que mes papiers étaient faux, mais qu’il s’en foutait, que l’important, c’était que je travaille. »

Pris au dépourvu, certains employeurs se sont déclarés solidaires des grévistes, invoquant le manque de main-d’œuvre dans leur secteur et le savoir-faire de leurs salariés sans papiers. Ainsi Bruno Druilhe, patron de la chaîne de restaurants Chez Papa déclarait à tous les journalistes qui passaient par son restaurant : « Bien sûr, j’aurais préféré recruter des Gaulois, mais c’est des blacks. Et ma fierté, c’est que ces gars-là, ils fassent un oxoa (plat basque) mieux que nous. Bien sûr je sais qu’il y a un papier pour six mecs. Mais je ferme les yeux, je ne suis pas la préfecture. » Johann Le Goff, patron de Konex, une entreprise de câblage informatique de Seine-Saint-Denis, a fondé le Groupement des Entreprises pour la Régularisation de leurs Salariés (GERS) qui regroupe une trentaine d’employeurs. Côté syndicats, le SYNHORCAT (Syndicat National des Hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs) et l’UMIH (Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie) ont réclamé la régularisation des salariés sans papiers embauchés avant juillet 2007. Les syndicats du bâtiment et du nettoyage ont été plus discrets. Pour la Fédération Française du Bâtiment, une décision de régularisation relève de l’Etat. Elle souligne également qu’ « il y a beaucoup de demandeurs d’emploi à former à nos métiers avant de recourir à l’immigration ». La Fédération des entreprises de propreté ne pense pas que des régularisations soient une solution : « La clef est de rendre le secteur attractif. » [6] Le MEDEF est resté muet.

Liberté sous contrôle pour les régularisés

En juillet 2007, seuls vingt des cinquante-et-un grévistes sans papiers des restaurants Buffalo Grill avaient obtenu une régularisation, par une carte « vie privée et familiale ». Ce titre, qui se fonde en théorie sur la présence en France et les attaches familiales, devrait leur être renouvelé un an plus tard, sans que la préfecture ne puisse leur opposer un changement de situation professionnelle ou une période de chômage. Qu’ont obtenu les grévistes d’avril dont les dossiers ont été déposés à la préfecture ? Le volume de régularisations est plus important. En revanche, le titre de séjour obtenu est cette fois une carte « salarié ». Les personnes concernées pourront certes circuler et vivre un peu plus sereinement, mais si elles changent d’employeur, de branche ou de région, si elles démissionnent, si elles sont licenciées et épuisent leurs droits aux indemnités chômage, elles risquent de se voir refuser un renouvellement de leur droit au séjour dans un an et ainsi redevenir sans papiers. Cette carte est donc moins protectrice que la carte « vie privée et familiale » pour son détenteur, tandis qu’elle prémunit l’heureux employeur de ce dernier contre des emportements salariaux intempestifs.

L’élargissement de la lutte des travailleurs sans papiers s’est donc réalisé au prix d’une insertion partielle dans la rhétorique de « l’immigration choisie », qui passe par une mise sous condition des droits des individus. Si le gouvernement a cédé, c’est parce que les grévistes l’ont pris au piège de son utilitarisme affiché, mais aussi parce qu’il pouvait continuer à afficher son utilitarisme. Ainsi, Brice Hortefeux déclarait dans Le Figaro du 23 Avril : « La loi que j’ai fait voter prévoit (…) de permettre à titre exceptionnel de régulariser au cas par cas dans des secteurs connaissant de graves pénuries de main d’œuvre. La loi s’applique donc. » Alors, qui attrape qui ? En annonçant rapidement la régularisation des grévistes (même « au cas par cas », selon l’incantation rituelle) par crainte de la généralisation du mouvement, le gouvernement a témoigné de son embarras et redonné espoir à des milliers d’autres sans-papiers qui manifestent aujourd’hui leur volonté de se joindre à cette dynamique. Une brèche s’ouvre, disponible pour des percées plus profondes.

Enfin, en impulsant un tournant dans la lutte des sans-papiers, la grève de 2008 est peut-être en train de changer un peu l’image du syndicalisme : alors que, depuis le mouvement de grèves de décembre 1995, les médias et le gouvernement avaient eu tendance à renvoyer le mouvement syndical à une défense de salariés sécurisés concentrés dans le secteur public, la mobilisation du printemps 2008 vient s’ajouter à celle des caissières de supermarché pour rattraper le retard accumulé dans l’organisation des nouveaux travailleurs précaires, Français ou étrangers, blancs et non-blancs.

Une intégration « vitale »

Lamin, d’origine mauritanienne, entré sur le territoire français le 16 mai 2001 pour faire une demande d’asile politique, reçoit un récépissé qui lui permet d’obtenir une carte Vitale. Quand finalement, en 2004, sa demande d’asile est rejetée, il entre dans l’illégalité. Il trouve du travail grâce à une fausse carte de séjour. Mais sa carte Vitale fonctionne toujours. « J’ai perdu ma carte Vitale récemment, raconte-t-il, alors je suis allé à la Sécu. Je leur ai montré mon attestation, ils ont noté le numéro et j’ai reçu une nouvelle carte. Quand j’achète des médicaments, je suis remboursé à chaque fois. Je ne me suis jamais fait contrôler par la Sécu. Je pense qu’ils commencent à contrôler quand il y a beaucoup d’accidents du travail sur une même carte. »
Son collègue Kébé, 30 ans, malien, entré en France en 1998 avec un visa touristique d’un mois, est lui aussi inscrit au régime général de la sécurité sociale. « En octobre 2007, j’ai eu un accident du travail : je me suis brûlé à la main gauche. J’ai fait un dossier que je suis allé déposer moi-même à la Sécu. On m’a donné des papiers pour que je puisse me soigner gratuitement jusqu’à la fin de mon arrêt. Cette fois encore, j’ai eu de la chance, mais peut-être qu’il n’y aura pas de prochaine fois. Si demain, je me fais licencier, comment est-ce que je vais toucher les ASSEDIC ? » En réalité, beaucoup de salariés en possession d’une carte Vitale ne l’utilisent pas afin de ne pas courir de risque. C’est le cas de Bakary : « J’ai une carte Vitale, mais quand j’ai eu des problèmes de santé, je n’ai pas demandé à me faire rembourser parce que j’ai eu peur de me faire contrôler. Quelques semaines auparavant, un ami a demandé à se faire rembourser, et la Sécu lui a demandé d’apporter un RIB et sa carte d’identité. Je lui ai conseillé de ne pas y aller. » En effet, si la Sécurité Sociale refuse rarement les cotisations de salariés sans papiers, les contrôles se font plus fréquents lorsque ces mêmes salariés cherchent à toucher les prestations correspondantes.

La nébuleuse du « salariat bridé »

La focalisation médiatique sur la situation des sans-papiers ne doit pas faire oublier qu’ils ne constituent en France qu’une forme, peut-être la plus extrême, de « salariat bridé ». Par cette expression, l’économiste Yann Moulier-Boutang désigne toutes les formes dérogatoires au « salariat libre », à savoir les catégories de travailleurs frappées par des restrictions à leur mobilité (géographique, professionnelle, statutaire). Les sans-papiers en font bien sûr partie : fixés dans des niches économiques spécifiques, attachés à l’employeur qui « a bien voulu » les embaucher ou qui n’a pas vu les faux papiers, craignant de revendiquer puisqu’ils n’ont pas même le droit d’être là. Mais d’autres travailleurs, en situation régulière, font l’objet de restrictions administratives dérogatoires. Ce ne sont pas toujours les « damnés de la terre » non qualifiés : que l’on songe aux médecins à diplôme étranger, que l’on reconnaît suffisamment pour leur faire effectuer les tâches de tout praticien hospitalier, mais pas assez pour les titulariser, les rémunérer autant que leurs confrères, ou leur donner le droit d’exercer en libéral.
Dans l’agriculture, perdure un système particulièrement strict de conditionnement du séjour par le travail. Sous le nom de « contrats OMI » , des salariés marocains ou tunisiens travaillent dans les champs ou dans les serres du sud de la France durant quatre à huit mois, avant d’être contraints à repartir dans leur pays d’origine y attendre que l’exploitant veuille bien les reprendre l’année suivante. En dépit de leurs venues répétées, des années durant, ces saisonniers n’acquièrent aucun droit à un séjour stable ; ils ne sont pas même considérés comme immigrés puisque résidant toujours moins d’un an sur le territoire français . Par des détours juridiques différents mais pour un résultat finalement assez proche, se développe depuis quelques années la « prestation transnationale de services » ou détachement de salariés, permis par la libéralisation des services à l’échelle européenne et internationale. Dans cette hypothèse, une entreprise française recourt aux services d’une entreprise étrangère, qui détache ses salariés sur le territoire français. Ces salariés n’ont le droit d’y travailler que parce que leur entreprise les appointe, en vertu de leur contrat de travail ; cela ne crée pour eux aucun droit à proposer leurs services à une autre entreprise (pour les ressortissants des nouveaux entrants dans l’UE) ni même à y séjourner (pour ceux des pays tiers). Si leur contrat de travail est rompu, ils n’ont plus rien à faire ici.
Lors de la médiatisation de la directive dite Bolkestein, la polémique avait porté sur le « principe du pays d’origine » (les normes du travail du pays d’où est issue l’entreprise s’appliqueraient), en laissant de côté le fait que, rémunérés ou non à hauteur des salaires locaux, les salariés détachés voient leurs droits réduits. Un arrêt fondateur de la Cour de justice des communautés européennes du 27 mars 1990 avait fixé la règle : les salariés détachés n’ont pas à solliciter un titre de séjour ou une autorisation de travail, ils ne sont pas véritablement immigrés, mais juste amenés par une entreprise (un peu au même titre que son matériel). A la condition bien sûr, qu’ils « retournent dans leur pays d’origine après l’accomplissement de leur mission, sans accéder à aucun moment au marché de l’emploi de l’Etat membre d’accueil ».
Dans le cas des travailleurs saisonniers et « détachés », il n’est donc plus vraiment possible de parler d’immigration. Le terme approprié serait plutôt « importation ».

http://www.mouvements.info/spip.php ?article323

Lundi 29 septembre 2008
RICOCHET JEUNES : http://www.ricochet-jeunes.org/parudet.asp ?livrid=-422493471
Auteur : Jean-Paul Nozière - - 
Editeur : Thierry Magnier
Collection : Romans Ados
Septembre 2008 - 8.50 Euros
Roman à partir de 11 ans
ISBN : 2844206778
Ce livre fait partie de la sélection de Ricochet
Thème(s) : Entraide/Solidarité - Immigration -



Mei, dix ans, vit avec sa mère Hua à Sponge. Chinoises, elles sont venues clandestinement en France et n’ont pas de papiers. Hua travaille dans un atelier de confection pour rembourser sa dette à ceux qui les ont fait venir. Un durcissement de la position des autorités françaises va mettre Mei et Hua en danger : elles deviennent « OQTF », « Obligation de Quitter le Territoire Français ». Si Hua réagit de manière apeurée, Mei, aidée de Tom, Léo et du SDF Victor, est décidée à ne pas se laisser faire.

Après Nous sommes tous tellement désolés dans la même collection, qui traitait du commerce de la prostitution, Jean-Paul Nozière a choisi un autre sujet grave et actuel, les expulsions de clandestins. Hua et Mei, les « chinetoques », sont particulièrement discrètes et bien intégrées. La jolie petite fille est excellente élève, reine d’une cour de deux garçons. Hua travaille, paie un loyer. Dans ce contexte, l’adjudant chargé de l’affaire et le père raciste de Léo conviennent eux-mêmes qu’il n’y a aucun sens à les faire partir. Le thème de la solidarité domine alors le roman, dans quelques beaux personnages secondaires : le père de Tom, gendarme qui refuse d’obéir à sa hiérarchie, Victor le dingue, ancien libraire aux lectures éclairantes, la directrice de l’école, les voisins de palier… Les deux amoureux de Mei (ses « moustiquaires » selon Victor) sont touchants dans leur sincérité naïve et leur rivalité pour plaire à la petite fille. Mei est elle une héroïne complexe, à la fois enfant et adulte, qui impressionne par sa détermination et, il faut bien le dire, son sens de la manipulation. Ses actions sont sous-tendues par des réflexions profondes, elle demande par exemple à sa mère de se taire « sur la Chine, […] sur [s]on père, […] sur [sa] famille. […] sur tout. », parce qu’ « Avant, c’était avant ». (p. 44). Plus mûre que son âge, elle comprend fort bien la gravité de la situation, et, encore enfantine, désespère de ne plus aller à la piscine, à l’école avec ses amis, ni plus tard de pouvoir se marier avec eux. C’est donc elle, avec Victor, qui prendra en main une riposte festive, appliquant avec succès l’adage du plus fort ensemble. L’auteur, qui a choisi la voie neutre du narrateur externe, responsabilise son lecteur jusqu’à la dernière page, lui proposant d’imaginer sa propre fin… Un roman salutaire.

Sophie Pilaire
Voir la chronique de Sophie Pilaire


Vendredi 26 septembre 2008
Pour une alternative à la fermeture des frontières
 

L’idée de ce livre est partie d’un double constat : la référence au respect des droits de l’homme ne suffit pas, ou ne suffit plus, pour remettre en cause les politiques migratoires qui leur portent atteinte. Par ailleurs, beaucoup de contre-vérités circulent sur la question des migrations (« l’immigration pèse sur le budget national », « il faut privilégier l’immigration choisie contre l’immigration subie », « l’aide au développement peut interrompre les flux d’émigration », « la lutte contre l’immigration clandestine favorise l’intégration des migrants installés »...). Elles traduisent une grande méconnaissance de la réalité de l’immigration et de la politique migratoire menée en France par la droite comme par la gauche depuis une trentaine d’années, et plus encore de celle qui est déjà mise en place et qui se profile au plan européen.
Face aux fantasmes et aux mensonges, l’ouvrage a pour objectif de poser les bonnes questions, d’analyser les conséquences des politiques menées et de démonter les solutions hâtives, afin de montrer la réalité des situations et de susciter le débat. Il s’adresse aux personnes qui doutent, ébranlées par les discours sécuritaires ou économistes, bien qu’attachées aux principes. Il suggère qu’une politique alternative à la fermeture des frontières n’est pas forcément irréaliste ou utopique.

Immigration : fantasmes et réalités
Pour une alternative à la fermeture des frontières

Claire Rodier, Emmanuel Terray (dir.) 

Pour découvrir cet ouvrage, téléchargez les premières pages en cliquant ici

À paraître le 2 octobre 2008

http://www.editionsladecouverte.fr/art_home/article.php ?id=637
Vendredi 26 septembre 2008
Jolie initiative de la LDH du plat pays qui offre 5000 DVD aux écoles belges « Une girafe sous la pluie » : A Djambali, toute l’eau est monopolisée pour alimenter la luxueuse piscine de sir lion. Une girafe téméraire décide que cette situation a assez duré. Son geste aura de bien lourdes conséquences : la voilà expulsée de son pays… et pas facile quand on est girafe, de débarquer à Mirzapolis, ville du nord exclusivement habitée par des chiens…

Une girafe ’sans-papiers’ pour les petits

La Ligue des Droits de l’homme lance un Dvd : ’Une girafe sous la pluie’. Une manière pédagogique d’expliquer aux enfants ce que vivent les migrants aux portes de l’Europe.

16-09-2008 14:15



Il est possibe d’avoir des infos sur ce DVD à info@ldh.be
... et d’acheter le DVD
en ligne ici : http://www.filmbelge.com/index.php ?main_page=product_info&products_id=459

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