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Jeudi 9 octobre 2008 4 09 10 2008 22:33

Plein droit, 77, juin 2008
« Les chiffres choisis de l’immigration »

Alfred Dittgen

Professeur émérite université Paris-I

Pour faire avancer une cause, il faut la présenter avec un chiffre. Ainsi, la loi n’aurait sûrement pas pu s’attaquer au tabagisme en France si on n’avait pas pu chiffrer le nombre de morts dus à cette cause – plus de 60 000 par an – et encore moins interdire cette pratique dans les lieux publics si on n’avait pas pu estimer ceux dus à la tabagie passive : environ 5 000 par an. Ces chiffres ne sont pas faciles à établir car les causes de décès sont chose complexe, surtout quand il s’agit de tabagie passive. C’est pourquoi il faut les prendre pour des ordres de grandeur, surtout le deuxième.

Pour lutter contre les mariages forcés dans notre pays, qui concernent des populations issues de certains pays d’Afrique, on évoque régulièrement un chiffre de 70 000. Celui-ci date d’un rapport du HCI, Haut Conseil à l’intégration, de 2003, dans lequel il est écrit : « Selon les chiffres convergents rassemblés par les associations que le HCI a auditionnées, plus de 70 000 adolescentes seraient concernées par des mariages forcés en France. »

Contrairement aux chiffres des morts par tabac, qui sont des flux, comme disent les statisticiens, c’est-à-dire des événements annuels, nous avons affaire ici à un stock, c’est-à-dire à un nombre de personnes concernées par un phénomène à un instant donné, en l’occurrence le nombre de jeunes filles présentes en France risquant d’être mariées de force.

Comment a été obtenue cette évaluation ? D’après un article d’Alain Gresh du 16 mars 2007 dans le blog du Monde diplomatique, elle proviendrait du Fasild, Fonds d’action et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations (aujourd’hui Acsé), et aurait été calculée en appliquant les proportions de mariages forcés observés dans différentes ethnies en Afrique aux adolescentes de notre pays originaires de ces ethnies. Comme Alain Gresh, on peut se demander comment on mesure les ethnies en France et, surtout, si les pratiques constatées en Afrique sont censées se perpétuer sans changement dans notre pays.

Au-delà de la mise en cause de la méthode qui a donné ce chiffre, qu’est-ce que celui-ci est censé nous apprendre ? Pour répondre, reprenons l’exemple du tabagisme, plus précisément du tabagisme actif. On estime le nombre de fumeurs en France à près de 14 millions. On pourrait donc écrire : « Près de 14 millions de Français risquent de mourir du fait du tabac. »

On voit l’inanité de ce chiffre. Ce qui importe ici, c’est le nombre effectif de décès dus à cette habitude nocive durant une certaine période, par convention durant une année. Il en est de même des mariages forcés. Ce qu’il faudrait savoir pour connaître l’importance de ce phénomène et donc lutter contre, c’est, non le nombre de jeunes filles qui risquent une telle union, mais le nombre annuel de ces unions. Mais ce chiffre, personne n’a essayé de l’établir, du moins en France. En Angleterre, où des enquêtes ont été conduites, il est estimé à 1 000 par an.

Dans ce même rapport du HCI, il est question de l’excision, autre pratique qui concerne aussi certaines populations immigrées d’Afrique. On y lit : « L’excision : 35 000 jeunes filles ou femmes seraient mutilées ou menacées d’excision en France. Cette estimation du GAMS [Groupe femmes pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles et autres pratiques affectant la santé des femmes et des enfants] est proche de celle du ministère des Affaires sociales, qui évalue que 20 000 femmes et plus de 10 000 fillettes sont concernées ou menacées par une excision sur le territoire français. »

Remarquons d’abord que, contrairement à ce que suggère le rapport, on ne dispose que d’une seule estimation et non deux. En effet, les chiffres du ministère ne font que reprendre ceux du GAMS, sur le site duquel on lit : « En s’en tenant aux décomptes des titres de séjour en cours de validité par nationalité (ministère de l’Intérieur 1989), on peut estimer qu’il y a au moins 20 000 femmes et 10 000 fillettes mutilées ou menacées résidant sur le territoire français. Il est probable que le nombre de fillettes concernées est bien supérieur. »

Ce stock, dont la méthode d’obtention s’apparente à celui des filles concernées par un mariage forcé, outre qu’il est obtenu par une méthode tout aussi contestable et n’a a priori pas plus d’intérêt que ce dernier, est de plus une incongruité, puisqu’il mélange des personnes qui risquent d’être affectées par un phénomène avec des personnes qui ont été touchées par celui-ci ! Dans un autre domaine, que dirait-on d’un chiffre donnant le nombre des personnes qui ont, qui ont eu ou qui risquent d’avoir un cancer du poumon ?

Ces stocks risquent en plus d’être pris pour des flux annuels. Alain Gresh n’échappe pas tout à fait à cette confusion quand il met en parallèle dans son article les 70 000 « mariages forcés » de France aux 1 000 de l’Angleterre. Et Blandine Kriegel, présidente du HCI et donc responsable du rapport en question, n’y échappe pas du tout, puisqu’elle déclare dans une interview à L’Express du 26 janvier 2004 : « Pendant des années, on a passé sous silence des faits intolérables. Je ne pouvais pas imaginer qu’il y ait 35 000 excisions par an en France » !

Il y a des chiffres censés servir de bonnes causes qui font plus de tort que de bien [1].


Notes

[1] A. Andro et M. Lesclingand ont essayé d’évaluer le nombre de femmes adultes en France qui ont subi une excision, la plupart avant d’avant d’arriver dans le pays (Population et sociétés, n° 438, octobre 2007). Elles situent ce nombre entre 42 000 et 61 000. Cette évaluation, pour sérieuse et intéressante qu’elle soit, ne nous renseigne pas non plus sur le risque ou la pratique de l’excision en France.

http://www.gisti.org/spip.php?article1253

Jeudi 9 octobre 2008 4 09 10 2008 22:31

Plein droit, 77, juin 2008
« Les chiffres choisis de l’immigration »

Bruno Aubusson de Carvalay

Membre de l’association Pénombre
Les chiffres publiés de l’immigration irrégulière doivent être appréhendés avec la plus grande prudence. Tel est le leitmotiv des spécialistes, des démographes mais aussi des commissions chargées d’évaluer la politique d’immigration. Mais les politiques n’ont que faire de ces précautions. Seule compte l’« estimation politiquement utile de l’immigration irrégulière ».

Dès son origine, l’association Pénombre [1] a relevé l’usage médiatique d’un chiffre inventé et variable selon l’inventeur, celui du nombre d’immigrés clandestins présents en France à un moment donné. En novembre 1996, dans une lettre ouverte à deux députés [2], le président de Pénombre, Pierre Tournier, faisait la liste des « chiffres » avancés en la matière : 800 000 selon un rapport des deux parlementaires interpellés, de 200 000 à 400 000 selon le premier secrétaire du parti socialiste Lionel Jospin (journal télévisé, France 2, 18 août 1996), 350 000 selon Le Monde du 23 août 1996 attribuant cette évaluation au Bureau international du travail (BIT), de 150 000 à 200 000 selon Laurent Joffrin alors rédacteur en chef à Libération (20 août 1996), 180 000 selon le patron de la Dicilec (expolice d’air et des frontières, Robert Broussard, La Vie catholique, 28 mars 1996), sans oublier les millions fantasmés par les responsables du Front national.

Il rappelait au passage que dénombrer effectivement les immigrés clandestins supposait leur régularisation intégrale. La régularisation de 1997-1998, dernière opération de grande ampleur menée en France, aurait pu resserrer les écarts entre ces estimations divergentes. Avec 170 000 demandes de régularisation, on se situait plutôt dans la partie basse de la fourchette. Est alors apparue une estimation se basant sur la supposée proportion de clandestins qui avaient déposé une demande, la moitié selon des sources policières officieuses. Poursuivant l’enquête, Pénombre s’adressait au directeur des libertés publiques et obtenait une réponse circonstanciée : « Par construction, cette immigration ne peut être comptabilisée. Non pas du fait de son caractère illégal (certaines infractions sont, à partir d’extrapolations raisonnées, comptabilisées avec un degré de précision satisfaisant), mais parce qu’il n’existe aucune source administrative capable de la recenser de manière exhaustive et même approchée. » Le directeur développait ensuite les raisons l’amenant à considérer que « le rapport entre demandes de régularisation et irréguliers est largement supérieur au chiffre indiqué dans l’article » (un pour deux selon Le Monde du 20 janvier 1999). Mais, en toute logique, il concluait qu’il lui était « évidemment impossible de témoigner de quelque certitude que ce soit sur ce point et, par conséquent, sûrement pas de proposer un chiffre alternatif à celui avancé. » [3]

En 1998, donc dans la même période, le sénateur José Balarello, rapporteur d’une commission d’enquête sur les régularisations d’étrangers en situation irrégulière, préférait, en matière de chiffrage des immigrés clandestins présents en France, se référer aux déclarations du directeur des libertés publiques faites devant l’Assemblée nationale trois ans plus tôt, donc en 1995. Selon ce haut fonctionnaire (évidemment différent de celui cité plus haut), on pouvait arriver à une estimation minimale de 200 000, en soulignant que la prudence s’imposait. Il n’empêche, le rapporteur du Sénat pensait pouvoir conclure : « Une estimation du nombre des clandestins entre 350 000 et 400 000 ne paraît pas éloignée de la réalité. »

Sautons les dix années suivantes. Dans une interview donnée en exclusivité au Figaro Magazine (19 janvier 2008), Brice Hortefeux, ministre de l’immigration affirme : « Le nombre de clandestins – que l’on situe habituellement entre 200 000 et 400 000 – a diminué en France pour la première fois depuis une génération. » Les journalistes marquent leur étonnement : « Mais comment pouvez-vous dire que le nombre de clandestins baisse puisque, par définition, il paraît impossible d’obtenir des chiffres ? ». Pour ce ministre, rien d’impossible et, sans crainte d’être contredit sur le champ, il affirme : « Quatre indicateurs me permettent de penser que, au total, le nombre de clandestins a diminué d’environ 6 %. » De ses explications, on a bien du mal à comprendre pourquoi pas 4 %, pourquoi pas 8 %. Les chiffres – et non les pensées chiffrées – cités par monsieur Brice Hortefeux sont : une baisse de 4 % des bénéficiaires de l’aide médicale d’État entre septembre 2006 et septembre 2007 ; les 23 200 éloignements (reconduites à la frontière) de 2007, portant à 105 000 le total cumulé depuis 2002 ; les 26 500 étrangers refoulés aux frontières de 2007, portant à 205 000 le total cumulé depuis 2002 ; la baisse du nombre de demandeurs d’asile déboutés, de 32 000 en 2006 à 26 400 en 2007. Alors pourquoi 6 % ? Appliqué à la fourchette 200 000– 400 000, ce pourcentage donne une plage de 12 000 à 24 000 clandestins de moins, que l’on pourra aller rechercher chez ceux qui ont été refoulés, n’ont pas demandé l’asile pour être déboutés ensuite, ont été reconduits à la frontière, toutes variations en plus ou en moins dont il est difficile de donner un solde. D’ailleurs le ministre se garde bien d’évoquer le nombre inconnu de base, celui des entrées annuelles de clandestins.

Depuis la mise en place d’organismes divers dotés d’une mission d’évaluation de la politique en matière d’immigration, on s’attendrait à moins de flou. Or, le doigt mouillé semble encore en usage. Dans son rapport de 2004, la Cour des Comptes avait relevé les difficultés d’utilisation des diverses sources statistiques pour estimer au moins l’ordre de grandeur de l’immigration clandestine. Le rapport de 2008 constate que la situation est inchangée. Le rapport annuel du Comité interministériel de contrôle de l’immigra tion (CICI) tente de développer une approche de substitution en énumérant six indicateurs pouvant être liés à l’immigration clandestine dont certains sont cités par le ministre :

– indicateur n° 1 : les déboutés du droit d’asile, dont il est dit qu’ils contribuent probablement au flux de renouvellement des clandestins.

– indicateur n° 2 : les délivrances de titres de séjour à des étrangers déclarant être entrés illégalement en France. Si l’on suit bien, il s’agit de clandestins qui deviennent réguliers, donc d’un facteur de baisse du nombre total de clandestins. Le chiffre augmente régulièrement de 2001 à 2005 puis stagne en 2006 [4]. Mais il est signalé que « ces chiffres doivent être analysés avec prudence, compte tenu de l’incertitude qui peut entourer les enregistrements effectués par les préfectures. »

– indicateur n° 3 : le nombre d’interpellations et d’infractions à la législation sur les étrangers. Le rapport note bien sûr que ce nombre dépend de l’intensité des contrôles policiers. De plus, un même étranger interpellé plusieurs fois dans l’année sera compté plusieurs fois. On ne voit pas dès lors ce que vient faire cet indicateur parmi les mesures de l’immigration clandestine. L’interprétation des résultats s’en ressent : de la stagnation observée en 2006, il est dit qu’elle « traduit une prise de conscience nouvelle de la part de certains acteurs répressifs. L’indicateur du nombre de placements en rétention confirme cette tendance » (c’est l’indicateur n° 4 et il augmente sensiblement en 2006). Explication aussi opaque que le commentaire sur l’objectif chiffré assigné aux services de police par le ministre de l’immigration en juin 2007 (95 000 personnes devaient être mises en cause en 2007 pour infraction à la législa- tion sur les étrangers) : le rapport du CICI indique que cet objectif « ne remet pas en cause l’objectif de 25 000 éloignements assignés aux préfets » ! En effet, si on éloigne trop de clandestins, il devient difficile d’en arrêter de plus en plus…

– indicateur n° 5 : le nombre de mesures d’éloignement non exécutées. Les arrêtés de reconduite à la frontière non exécutés (ou, maintenant, les ordres de quitter le territoire français, OQTF) correspondraient à des cas de séjour clandestin. Donc, l’objectif assigné pour cet indicateur est de faire baisser le taux de nonexécution. Mais en tirer une indication fiable pour dénombrer les étrangers séjournant irrégulièrement est une autre affaire. Ce nombre « reste encore considérable même s’il n’est pas encore quantifiable » selon le rapport !

– indicateur n° 6 : le nombre de bénéficiaires de l’aide médicale d’État (AME). La prise en charge des dépenses médicales des personnes ne bénéficiant pas de la CMU concerne au premier chef les étrangers en situation irrégulière. Mais l’évolution de l’indicateur dépend des conditions variables de prise en charge ou de la propension des étrangers concernés à recourir au dispositif. D’ailleurs les ayant droits comptabilisés à un moment donné ne sont peut-être plus des immigrés clandestins, certains ayant été régularisés, d’autres ayant quitté le territoire. Traduire la hausse puis la baisse observées ces dernières années comme la conséquence d’un mouvement équivalent du nombre d’étrangers clandestins repose sur un postulat que le rapport ne retient pas : « Pour ces raisons, le nombre de bénéficiaires de l’AME est un indicateur qu’il convient d’appréhender avec prudence. »

Après cette revue dont les lecteurs du Figaro Magazine n’ont pas bénéficié, la conclusion est simple. Ces six indicateurs ont un rapport avec l’immigration clandestine, mais le cumul d’indicateurs ne suffit pas pour arriver à un chiffrage précis. Sauf pour le ministre qui, grâce à quatre indicateurs, avance une fourchette de 12 000 à 24 000 pour la diminution en nombre absolu. Il penserait donc que son succès se situe quelque part entre le fait qu’aucun des étrangers éloignés (23 200 en 2007) n’a été remplacé par un nouvel arrivant clandestin et le cas où, pour moitié, ils ont été remplacés par un nouvel arrivant sans papiers (ou alors sont revenus). Et le nombre de demandeurs d’asile déboutés (des clandestins potentiels devenant clandestins effectifs) s’élevant encore à 26 400 en 2007 selon ses propres dires, on se demande bien ce qu’il pense vraiment…

Indénombrable ou innombrable ?

Mais, en fin de compte, pourquoi toujours cette fourchette de 200 000 à 400 000 ? Dans un numéro de Population et Sociétés, François Héran, directeur de l’Ined, démontait « cinq idées reçues sur l’immigration » [5] dont l’une concerne les clandestins : « indénombrable, l’immigration irrégulière serait innombrable ». Se basant sur l’ordre de grandeur fourni par la régularisation de 1997-1998 (130 000 sans les doubles comptes) et sur la durée de séjour moyen des régularisés (une dizaine d’années), il avançait que l’immigration irrégulière représentait un surplus d’environ 25 % par rapport à l’estimation officielle du solde migratoire (13 000 pour un solde estimé à 50 000 par l’Insee à l’époque). « Correctif important, sans doute, que l’on peut encore majorer par acquit de conscience, mais qui ne bouleverse pas les ordres de grandeur de l’immigration, laquelle reste régulière dans sa grande majorité. On est loin des opérations de régularisation de très grande envergure qu’ont dû mener l’Espagne, l’Italie et la Grèce ces cinq dernières années, avec des effectifs de demandeurs qui ont parfois excédé le demimillion. »

En octobre 2005, le Sénat instituait une commission d’enquête sur l’immigration clandestine dont le rapport a été remis en avril 2006. L’introduction soulignait que « la mesure de l’immigration irrégulière doit quant à elle être regardée comme un préalable, car on ne bâtit rien sur l’ignorance » et reprenait l’expression de François Héran, considérant que « si l’immigration irrégulière demeure fâcheusement indénombrable, sa réalité est en revanche perceptible à travers ses conséquences ». Le rapporteur François-Noël Buffet revenait quand même à l’estimation de 1998 de son collègue José Balarello, non sans devoir faire état d’une « controverse, par auditions devant la commission d’enquête interposées, entre le ministre d’État [Nicolas Sarkozy] et M. François Héran, directeur de l’Institut national d’études démographiques ».

Car, lors de son audition, Nicolas Sarkozy affirmait, après avoir fait serment de dire la vérité : « L’immigration clandestine est difficile à quantifier et je suis frappé par les insuffisances de notre appareil statistique. […]

La commission européenne estime le nombre annuel des entrées illégales à 500 000 dans toute l’Union européenne. En se fondant sur la régularisation pratiquée par la gauche en 1997, un rapport de l’Ined en janvier 2004 estimait le flux d’immigration illégale en Plein droit n° 77, juin 2008 Les chiffres choisis de l’immigration Page 13 France à 13 000 par an. Laissez-moi vous dire que ce chiffre me paraît notoirement sous-estimé, notamment quand on le rapporte aux 60 000 migrants en situation irrégulière que les forces de l’ordre interpellent chaque année. C’est pour cela que les évaluations qui me paraissent les plus réalistes sont celles qui font état de 80 000 à 100 000 migrants illégaux supplémentaires chaque année. […]

Quant au nombre des migrants clandestins déjà présents en France, son évaluation est tout aussi délicate. On sait seulement que 150 000 étrangers en situation illégale bénéficient de l’aide médicale d’État. À partir de là, on peut raisonnablement imaginer que leur nombre total est au moins deux fois plus important. Autrement dit, le chiffre réel des clandestins vivant sur le sol français s’établit très certainement dans une fourchette allant de 200 à 400 000 individus. »

Monsieur Sarkozy s’appuyait peut-être, en novembre 2005, sur la même source que monsieur Jospin en août 1996, mais ni l’un ni l’autre ne la dévoilait. Devant la commission d’enquête, François Héran dut répondre. Le résumé du rapporteur mérite d’être cité : « Le premier [Nicolas Sarkozy] a reproché à l’Ined d’avoir, en janvier 2004, sous-évalué le flux annuel d’immigration illégale, en l’estimant à 13 000 par an sur la base d’une analyse de la régularisation pratiquée en 1997-1998.

Le second [François Héran] a observé que ces déclarations reposaient sur plusieurs méprises : d’abord, la migration illégale nette évoquée valait pour la décennie 1989-1998 ; ensuite l’Ined a proposé une évaluation des flux nets ou encore du solde migratoire, c’est-à-dire du nombre d’immigrants irréguliers qui demeurent sur notre sol une fois défalquées les sorties, alors que M. Nicolas Sarkozy a évoqué les seuls flux bruts d’entrées irrégulières.

Il a en outre jugé incompatibles les chiffres avancés par le ministre d’État : dans la mesure où les régularisations menées en France et en Europe montrent que la durée de séjour des immigrants illégaux s’étale sur au moins une dizaine d’années, l’arrivée de 90 000 immigrants irréguliers supplémentaires en moyenne par an devrait porter le "stock" d’immigrants illégaux présents sur notre territoire à environ 800 000 personnes ; si l’on considère en revanche que 300 000 immigrants irréguliers séjournent sur notre territoire, alors le flux annuel d’entrées se situe entre 30 000 et 40 000 personnes, évaluation tout à fait compatible avec celle de l’Ined. »

Vaudeville

L’exercice de démographie proposé par François Héran a été interprété de façon curieuse puisque le rapporteur ajoute : « La divergence porte donc davantage sur l’évaluation des flux que sur celle du stock qui, si elle reste sujette à caution, semble vraisemblable. » Ce que les sénateurs semblent avoir compris, c’est que entre 200 000 et 400 000, c’est 300 000, donc un solde migratoire net de 30 000 lié à l’immigration clandestine. Or, 30 000 n’étant pas déraisonnable pour le flux, le 200 000 à 400 000 pour le stock est admissible. Sauf que, de la même façon, on peut justifier les fourchettes 100 000 à 300 000 ou 300 000 à 500 000 indifféremment, au point d’incertitude où l’on se trouve sur le solde migratoire annuel net lié à l’immigration clandestine.

Cette histoire de justifications a posteriori d’une estimation officielle se déroule comme un vaudeville. La commission sénatoriale de 2005-2006 a entendu bien sûr le directeur des libertés publiques, monsieur Fratacci. Exercice difficile pour lui de venir exposer les chiffres dont il dispose, alors que tous les spécialistes sont venus dire qu’il est impossible d’en déduire une évaluation correcte de l’immigration clandestine tandis que son ministre a déjà exprimé sa certitude sur le chiffre réel. Ses explications sont plutôt confuses.

Il relève « une indétermination de principe ou de construction du chiffre des personnes en situation irrégulière » ; il évoque tous les indicateurs reliés à l’immigration clandestine ; il expose sommairement comment en tirer une estimation (ce que le rapport du CICI ne fait pas, comme il a été dit). Par exemple, en cumulant sur un certain nombre d’années les demandeurs d’asile déboutés, dont on défalquera éventuellement les mesures d’éloignement exécutées, « on obtient un chiffre qui oscille, selon les estimations, entre 250 000 et 280 000 personnes ». Tout cela pour arriver là où il est vraiment attendu : « la conclusion première que l’on peut en tirer, c’est qu’aucune des méthodes ne permet de cerner à elle seule une telle réalité, mais que la mise en rapport de chacune d’entre elles permet d’approcher davantage ce qu’est cette réalité. En France, les chiffres les plus communément admis, à partir de la méthode que j’évoquais tout à l’heure (celle des arrêtés de reconduite à la frontière pris et exécutés rapportés à une période calendaire [6]) aboutit à une fourchette entre 200 000 et 400 000 étrangers en situation irrégulière. »

Le directeur de l’Ined avait disqualifié à l’avance le procédé en se référant d’ailleurs au témoignage de Jean-Marie Delarue évoqué plus haut (sans toutefois mentionner la source). Évoquant les évolutions perceptibles de la politique française en matière d’immigration, il concluait : « Si la France érigeait un mur infranchissable et permanent entre les admis et les bannis de l’immigration, le chiffrage de l’immigration irrégulière par les démographes deviendrait pour le coup une mission impossible. » Faut-il admettre aujourd’hui que les bâtisseurs du mur n’ont cure des soucis des démographes, qu’ils continueront à se baser sur l’estimation politiquement utile de l’immigration irrégulière, et sauront même d’année en année de combien de points de pourcentage elle diminue, fixant pour cela aux services de l’État des objectifs chiffrés ne reposant sur aucune argumentation quantitative rationnelle ?

6 % de l’inconnu = 28 778

Quelle mouche statisticienne a bien pu piquer Brice Hortefeux, le 1er juin 2008 sur les ondes de RTL et de LCI ? Il y a affirmé que le nombre des « clandestins » avait diminué de 6 % entre le 1er mai 2007 et le 30 avril 2008, parce que, dans ce laps de temps, la France avait exécuté 28 778 éloignements.

Dont acte. Sur la base de chiffres aussi précis, on prend sa calculette et l’on sait enfin de façon sûre, grâce au ministre de l’immigration, que le nombre d’étrangers en situation irrégulière s’élève à 479 633.

La calculette a tort. C’est M. Hortefeux qui nous l’apprend au cours de la même émission. Le nombre de « clandestins », dit-il, se situe dans une fourchette de 200 000 à 400 000. Son arithmétique repose en réalité sur les données d’une tradition orale aussi ancienne que non vérifiée. Qu’importe : 28 778 éloignements, ça fait 6 % d’un nombre inconnu d’étrangers dans la mathématique politicienne de M. Hortefeux.

On a l’habitude de ces tromperies ministérielles. La presse en raffole au point que ni l’AFP ni le Parisien (parmi d’autres sans doute) n’ont pris leur calculette. « Baisse de 6 % du nombre des clandestins », ont-ils complaisamment titré après l’émission. Comme des cancres.

Jean-Pierre Alaux

Notes

[1] L’association Pénombre est un espace de réflexion critique et d’échanges sur l’usage du nombre dans le débat public. Elle a été créée pour veiller à la qualité des informations chiffrées et aux enjeux de l’usage qui en est fait.
D’origines diverses, ses adhérents ont le souci d’améliorer le débat démocratique par une utilisation raisonnée du nombre.
Pénombre édite deux bulletins, la Lettre blanche (trimestrielle, réalisée avec un certain humour) et la Lettre grise (plus technique et apériodique) consultables sur le site www.penombre.org

Trois membres de Pénombre ont participé à ce dossier de Plein droit sur l’usage des chiffres : Catherine Borrel, Bruno Aubusson de Carvalay et Alfred Dittgen.

[2] Charles-Amédée du Buisson et Gérard Léonard auteurs d’un rapport sur les « fraudes et les pratiques abusives ». Voir Pierre Tournier, Question à deux parlementaires, Pénombre, Lettre blanche n° 11, 1996

[3] Jean-Marie Delarue, Illégalement irréguliers, Pénombre, Lettre blanche n° 18, 1999

[4] Les résultats de 2007 ne figurent pas dans le rapport de 2007.

[5] INED, n° 397, janvier 2004.

[6] Il s’agit peut-être d’un lapsus ! Ce sont les mesures non exécutées qui peuvent dénombrer indirectement des étrangers maintenus dans une situation irrégulière. Au moment où monsieur Fatracci s’exprimait devant le Sénat, le cumul sur dix ans (1996-2005) des APRF exécutés s’élevait à environ 80 000. Le cumul, sur la même période, des APRF non exécutés atteint 334 000. Quant à fabriquer une fourchette à partir de là, il faut être orfèvre en la matière…

http://www.gisti.org/spip.php?article1252

Jeudi 9 octobre 2008 4 09 10 2008 22:04

De 09h à 17h, au Palais des Congrès Paris-Est Montreuil

INSCRIPTIONS OBLIGATOIRES (remplir le formulaire en page d’accueil)

La première conférence non gouvernementale euro-africaine a eu lieu à Rabat en 2006. Cette mobilisation, qui avait pour objectif d’initier une réflexion, une solidarité, et une parole commune des sociétés civiles africaines et européennes et de proposer des pistes alternatives aux politiques actuelles de gestion des flux migratoires avait réuni 180 personnes venant de 20 pays d’Afrique du Nord, d’Afrique subsaharienne et d’Europe. A l’issue de la rencontre, les participants ont adopté un Manifeste euro-africain et initié un réseau euro-africain sur les migrations.

Dans la continuité des travaux de ce réseau, les organisations des sociétés civiles européenne et africaine organisent la deuxième Conférence non gouvernementale euro-africaine sur « Migration et Développement », le vendredi 17 octobre 2008. De nombreuses personnalités européennes et africaines y participeront.

La Conférence débutera à 9h par une séance plénière en présence de : Aminata Traoré, Stéphane Hessel, Miguel Benasayag, Bruno Tardieu et Hicham Rachidi

Six ateliers permettront ensuite de favoriser la prise de parole et le débat entre les participants. Chaque atelier sera introduit par un intervenant du Nord et un intervenant du Sud et deux témoignages apporteront un éclairage concrêt sur la situation des migrants. Une large place sera consacré au débat.

Les thèmes des ateliers sont :

Le matin, de 11h à 13h :

1 / Relations Nord-Sud, modèles de développement et migrations
2 / Politique d’immigration "choisie" : quel impact sur les droits des migrants dans les pays d’accueil ?
3 / La liberté de circulation : un droit loin d’être universel

L’après-midi, de 14h30 à 16h30 :

4 / Femmes migrantes
5 / Mineurs en migration
6 / Quelle place pour le droit d’asile ?

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présentation des ateliers

Une séance plénière conclura la journée (de 16h30 à 17h), en présence de Gus Massiah et de Madjiguène Cissé.

Les participants seront invités à rejoindre le Trocadéro pour le rassemblement de la journée mondiale du refus de la misère, à 18h.

Lundi 6 octobre 2008 1 06 10 2008 08:14

Concert de soutien au mouvement des Amoureux au ban public
le 11 octobre 2008 au Zénith de Montpellier à partir de 18H30

Avec la participation de Renan Luce, Tiken Jah Fakoly, Ayo, Sergent Garcia, Sandra Nkake, Volo et Boukakes.
En marge des concerts : espaces débats, stands, expos, projections...

Plus d’informations

Lundi 6 octobre 2008 1 06 10 2008 08:01
La Cimade est déterminée à poursuivre son action de défense des étrangers placés en rétention, mais elle refuse le morcellement de la mission en lots éclatés attribués à des prestataires de service.

Réunie en Assemblée générale extraordinaire le samedi 4 octobre, la Cimade a réitéré sa volonté de poursuivre son action au service des migrants.

L’Assemblée générale a donné mandat au Conseil de rechercher avec des associations et organisations non gouvernementales, les conditions permettant la mise en oeuvre d’une mission nationale cohérente assumée conjointement.

En conséquence, la Cimade demande au ministre de l’Immigration de modifier le dispositif prévu par le décret et l’appel d’offres publiés fin août
.
Jeudi 2 octobre 2008 4 02 10 2008 11:55

ÉDITO

Le 8 septembre dernier, au petit matin, Brice Hortefeux était l’invité de France-Inter. A la question du journaliste sur la mise à l’écart de la Cimade des centres de rétention, du moins à la fin de son « monopole », le ministre de l’immigration répond avec aplomb : « Aujourd’hui, la Cimade elle-même a indiqué qu’elle avait du mal à faire face parce que c’est une charge de travail, une pression peut-être aussi […]. Elle a elle-même considéré que c’était trop important […]. Je l’ai évoqué avec les responsables de la Cimade, que je connais bien et avec lesquels je travaille, et ils m’ont donné leur accord […]. J’ai vu qu’ils n’étaient pas tout à fait satisfaits d’éléments techniques, c’est-à- dire l’attribution de lots et le devoir de neutralité et de confidentialité […]. Ça, c’est le code des marchés publics ». Cette dernière précision est présentée par le ministre comme un détail.

M. Hortefeux ment de façon tranquille, avec suffisamment de calme et d’assurance pour convaincre une bonne partie des auditeurs qu’il dit la vérité. Après tout, la Cimade se « plaint » des conditions de rétention et évoque souvent ses difficultés à réaliser correctement les missions qui lui sont confiées, alors pourquoi ne pas croire ce qui est dit. Les propos du ministre sont d’autant plus convaincants que, certes, rien ne justifie qu’une seule organisation intervienne. Rien ne justifie davantage, appel d’offres et marché public obligent, que ce soit forcément la Cimade qui soit choisie. Tout cela est revêtu de cette logique implacable qu’on appelle le « bon sens » dont le présent gouvernement use et abuse.

En vérité, le ministre n’aime pas qu’on le contrarie et qu’on re mette en question ni même qu’on s’interroge sur la politique qu’il entend afficher et mener. Et la Cimade, avec ses rapports d’activité critiques sur les lieux de rétention et ses prises de position dénonçant les pratiques et l’évolution de la réglementation dans le domaine du droit des étrangers est devenue à ses yeux un élève bien trop remuant. Le ministre y était déjà allé de son petit mensonge avant l’été : faisant croire à la Cimade que peu de choses changeraient et qu’elle pouvait déjà rassurer ses salariés. Or il s’avère que le décret du 22 août 2008 sur la rétention et le nouvel appel d’offres rendu public début septembre sont en contradiction complète avec les « promesses » de M. Hortefeux.

Sans aller dans le détail de ce qui a été courageusement décidé en pleine trêve estivale, donnons les principaux éléments du débat et points sujets à critiques. Selon l’appel d’offres « relatif au marché pour l’information, en vue de l’exercice de leurs droits, des étrangers maintenus dans les centres de rétention administrative », le marché est découpé en huit « lots », proposés à toute personne morale intéressée et définis en fonction d’un critère géographique. Les associations qui souhaitent postuler ne peuvent pas se concerter pour constituer un groupement informel. On veut faire jouer la concurrence, comme dans n’importe quel marché public. Mais on veut surtout empêcher qu’un seul opérateur ait une vision d’ensemble de la rétention en France. Il est clair qu’une association présente dans seulement quelques lieux de rétention aura moins de légitimité pour dénoncer les conditions générales de privation de liberté que ne l’a à l’heure actuelle la Cimade.

Mais la vraie question tient dans le choix des heureux élus : comment un ministre qui n’aime pas être contrarié ne serait-il pas tenté de sélectionner ceux qui sont parmi les plus dociles et taisants les moins critiques ? à l’égard de la politique d’asile et d’immigration conduite par la France ? Ce risque existe. Comment en douter eu égard aux propos entendus cet été sur les associations de défense des étrangers : certaines ont été accusées d’avoir « mis le feu » à Vincennes et au centre de rétention du Mesnil-Amelot [1] ; d’autres sont soupçonnées de gaspiller l’argent de l’État via les subventions, sans, paraît-il, aucun contrôle sur l’utilisation desdits fonds… [2] L’appel d’offres, lui-même, donne d’ailleurs le tempo et définit explicitement les qualités que l’État attend des candidats : « en tant que prestataire de l’État, le titulaire s’engage à respecter une stricte neutralité au regard de situations individuelles rencontrées, que ce soit dans ses publications, ses communications publiques ou dans le cadre de l’exercice de sa profession ». La sanction suit dans la disposition suivante : la convention sera résiliée sans indemnité en cas de non respect de l’obligation de neutralité.

L’objectif à terme est, à l’évidence, de museler les personnes mora les qui vont obtenir le marché, de rendre opaques ces espaces de nondroit que sont les centres rétention, comme le sont les zones d’attente et tous les lieux d’enfermement d’étrangers dont l’Europe est en train de faire la pièce maîtresse de sa politique migratoire. Contre cette évolution, symbolisée par la directive « retour » adoptée en juin dernier par le Parlement européen, qui valide des durées de rétention démesurées, il faut revendiquer haut et fort que soit préservé le « droit de regard » [3] de la société sur ce qu’on veut nous cacher. Tant qu’il y aura des centres de rétention, il faut que ces lieux puissent être visités par des personnes habilitées par des associations ou réclamées par les retenus, en dehors de tout dispositif conventionnel.


Notes

[1] Voir le communiqué interassociatif – Anafé, Cimade, Gisti, LDH, Pastorale des migrants, RESF – daté du 6 août et titré « Incendies dans les CRA : le gouvernement cherche un bouc émissaire »

[2] Cela a été le cas du Gisti – Voir la Lettre ouverte à François Fillon du 12 juin 2008

[3] Le réseau Migreurop vient de lancer une campagne européenne pour un « Droit de regard dans les lieux d’enfermement »

http://www.gisti.org/spip.php?article1239

Mercredi 1 octobre 2008 3 01 10 2008 20:14

SAMEDI 04 OCTOBRE, dans les locaux de La Ligue de L’Enseignement de l’Oise, 20, 22 Bld Jules Brière à Beauvais (près des gares SNCF et routière), formation ouverte à tous !

- de 10 heures à 12 heures 30, avec la CIMADE, notre intervention dans les lieux de rétention de l’Oise ;

- de 14 heures 30 à 17 heures : quelles aides administratives pour les réfugiés, les Sans Papiers...

La présence du plus grand nombre est indispensable ! Ce travail sur les dossiers est enrichissant, si précieux à nos Amis et surtout à la portée de tous !

De plus, les quelques Camarades qui l’assument jusqu’ici sont fatigués et ont absolument besoin de relais.

Le midi : repas en commun pour ceux qui le souhaitent, s’inscrire dès que possible auprès de Francis.

Mercredi 1 octobre 2008 3 01 10 2008 20:10

Premiers signataires : ACAT-France, ADDE, Amnesty International France, ANAFE, APSR, CASP, CCFD, CFDT, CGT, Cimade, Comede, Coordination sarthoise pour le droit d’asile, DOM’Asile, ELENA France, Emmaüs France, Fédération de l’Entraide Protestante, FSU, Ligue des droits de l’homme, GAS, Médecins du monde, Montgolfière, MRAP, association Primo Levi, RESF, Secours catholique, SOS Racisme, SSAE, Syndicat des Avocats de France, Syndicat de la magistrature, Union syndicale Solidaires, Toits du monde

La présente déclaration fait suite aux échanges des 34 organisations présentes lors de la réunion du 24 septembre 2008 organisée par ACAT-France, Amnesty International France, l’ANAFE, le Comede et la Ligue des droits de l’Homme. Elle porte sur les différents textes parus au Journal Officiel concernant la modification des conditions d’intervention des associations spécialisées dans la défense des étrangers en rétention (décret, appel d’offres).

Les organisations signataires prennent acte des engagements du ministre de l’Immigration exprimés dans ses courriers du 25 septembre adressés à différentes associations ou collectifs. Ces courriers contiennent des interprétations importantes sur certains des aspects évoqués dans notre déclaration et seront à prendre en compte dans les échanges demandés au gouvernement en vue d’une concertation pour la modification des textes parus au JO.

Créés en 1981, les centres de rétention administrative sont destinés à recevoir les étrangers qui n’ont pas le droit de séjourner sur le territoire français.

L’assistance juridique aux étrangers retenus a été jusqu’à présent assurée par une association spécialisée, la Cimade.

*****

Les organisations signataires expriment leurs vives préoccupations concernant le contenu du décret du 22 août 2008 et de l’appel d’offres consécutif qui modifient les conditions d’intervention dans les centres de rétention administrative (CRA) quant à l’information et l’exercice des droits des étrangers.

Elles redoutent que la mission telle qu’exercée jusqu’à ce jour par la Cimade auprès des étrangers retenus dans les CRA « en vue de l’exercice de leurs droits » ne soit remise en cause par ces nouvelles dispositions.

Les organisations alertent sur les points suivants :

- la réforme dénature la mission car l’assistance à l’exercice effectif des droits des personnes retenues est désormais réduite à une seule mission d’information ;

- l’émiettement de cette mission contrarie toute observation, analyse et réaction d’ensemble sur la situation prévalant dans les centres de rétention ;

- l’ouverture de cette mission par voie d’appel d’offres de marchés publics à des opérateurs autres que les associations spécialisées menace l’exercice des droits fondamentaux des personnes retenues ;

- l’exigence de neutralité, de discrétion et de confidentialité revient à entraver toute parole publique de témoignage et d’alerte sur certaines situations contraires au respect des droits fondamentaux.

Cette volonté d’entraver l’action de la société civile est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient dans un contexte marqué par une politique du chiffre en matière d’éloignement des étrangers et les menaces contenues dans la directive « retour » adoptée par le Parlement européen.

Les signataires considèrent que, telle qu’elle est envisagée, la réforme des conditions d’intervention en rétention n’est pas acceptable. Elles demandent au gouvernement d’y renoncer et d’engager une concertation avec l’ensemble des organisations signataires, attachées au respect des droits fondamentaux.

le lundi 29 septembre 2008

Declaration_retention_29_09_08
Declaration_retention_29_09_08.pdf
Mercredi 1 octobre 2008 3 01 10 2008 20:02

Plusieurs associations de défense des étrangers et des droits de l’homme ont saisi la Commission Européenne d’une plainte mettant en cause la France pour de multiples violations du droit communautaire régissant le séjour en France des citoyens de l’Union et leurs familles.

Ce droit est régi par des normes européennes – règlements, directives, jurisprudence de la Cour de Luxembourg – applicables en France directement ou par le biais de textes internes de « transposition ». Cependant, les très nombreux cas répertoriés dans la plainte démontrent que les textes permettant aux citoyens de l’Union et à leurs familles de venir en France, d’y travailler, d’étudier, de prendre leur retraite, ou tout simplement d’y résider, restent souvent lettres mortes faute d’être connus et/ou appliqués par les administrations concernées.

Les violations recensées dans la plainte concernent principalement deux catégories de personnes :

1) Les citoyens européens appartenant à des minorités en butte à des discriminations, tels les Roms de nationalité roumaine ou bulgare

Il ressort des témoignages présentés dans la plainte qu’en maniant la carotte (de 150 à 300 euros versés par l’ANAEM (Agence Nationale d’accueil des étrangers et des migrations) comme aide prétendue « humanitaire » pour un retour prétendu « volontaire »), et le bâton (reconduites à la frontière, obligations de quitter le territoire, menaces d’emprisonnement), les autorités, notamment en Ile-de-France, ont expulsé des Roumains et des Bulgares par centaines.

Bien souvent, alors que le droit prévoit pour les ressortissants communautaires des mesures de protection contre l’éloignement, et alors que les autres européens aux faibles revenus ne sont pas l’objet d’un tel harcèlement, policiers, agents des préfectures ou de l’ANAEM, agissent sur la foi de « déclarations » des intéressés qui sont en fait pré-rédigées et identiques pour l’ensemble des occupants du campement évacué, sans prendre le temps d’examiner les situations individuelles comme le droit communautaire leur en fait obligation.

C’est dire le peu de cas que font les pouvoirs publics français des droits acquis par ces nouveaux citoyens d’Europe. Quand les Roms réussissent à déposer un recours contre leur éloignement (délai de recours de 48 heures en cas de reconduite à la frontière), les tribunaux administratifs se sont jusqu’ici abstenus pour la plupart de sanctionner ces opérations policières, et préfèrent souvent ne pas statuer sur les moyens soulevés qui sont tirés de la violation du droit communautaire.

2) Les membres de famille des citoyens européens qui sont originaires des pays « du sud »

Après avoir rappelé le 10 septembre dernier qu’« au 1er janvier 2006, seuls 2 % d’européens vivaient dans un pays de l’Union différent de leur pays d’origine », la présidence française de l’Union Européenne a déclaré vouloir favoriser « la mobilité transnationale en Europe » [1].

Les auteurs de la plainte rappellent que le droit communautaire permet aux ressortissants européens de s’installer dans un autre pays membre depuis les années 1960 déjà, et pour que cette liberté de circulation puisse s’exercer de manière effective et sans entrave, accorde un droit immédiat et inconditionnel de séjour et de travail aux membres de leur famille également, même si ces derniers ne sont pas eux-mêmes européens.

Or, des cas cités dans la plainte révèlent que certaines préfectures refusent d’accorder des titres de séjour à des conjoints de ressortissants communautaires, au motif qu’ils ne remplissent pas les conditions de séjour applicables aux autres étrangers. Il est particulièrement choquant de voir que cette pratique illégale touche systématiquement les conjoints originaires d’Afrique et du Moyen Orient.

* * *

En entendant Rachida Dati évoquer récemment « l’absolue nécessité de former les professionnels de la Justice à l’Europe » [2] dans l’ensemble des 27 Etats membres, les associations signataires de la plainte demandent au gouvernement français de commencer par balayer devant sa propre porte, en rendant effectif le droit à la libre circulation de tous les citoyens de l’Union et de leurs familles en France, qu’ils soient britanniques ou italiens, polonais ou roumains.

Elles demandent au gouvernement de donner des instructions claires aux Préfets pour mettre fin aux violations décrites dans la plainte, et d’organiser la formation continue en droit communautaire des magistrats des juridictions nationales, pour que ces derniers soient en mesure d’assumer pleinement leur rôle de « juge communautaire de première instance » chargé de faire respecter ce droit.

Paris, le 30 septembre 2008

Organisations signataires : CCFD, Cimade, FASTI, GISTI, Hors la Rue, LDH, MRAP, Collectif Romeurope.

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Saisine de la Commission européenne

Notes

[1] Présidence française UE, discours du 10 sept. 2008

[2] discours de clôture du colloque « Quel avenir pour la formation des personnels de Justice dans l’Union européenne ? » le 22 juillet 2008

http://www.gisti.org/spip.php?article1248


Mardi 30 septembre 2008 2 30 09 2008 08:15

Mardi 30 septembre à 11h Antenne du Parlement européen

288 boulevard Saint Germain - 75007 PARIS M° Assemblée nationale / Concorde

La France a fait du thème des migrations l’une des priorités de sa présidence de l’Union européenne. À quelques semaines de l’adoption du "pacte sur l’immigration et l’asile" (15-16octobre) et de la deuxième conférence interministérielle euro-africaine en matière de"migration et développement" (novembre à Paris), plus de 250 organisations de plus de 30 pays s’inquiètent des mesures qui vont être adoptées et des discours qui les accompagnent. Exclus de la construction de la politique européenne d’immigration, les citoyens et organisations des sociétés civiles du Nord et du Sud prennent la parole afin d’interpeller lesresponsables politiques européens et africains. Ils appellent à un Sommet citoyen sur les migrations pour réclamer une autre Europe que celle qui se transforme en forteresse,empêche l’accès à son territoire, expulse les sans-papiers, une Europe source de déséquilibres entre le Nord et le Sud.

VENDREDI 17 OCTOBRE 2008, Espace des Congrès, Montreuil (93) :

Deuxième Conférence non gouvernementale euro-africaine

SAMEDI 18 OCTOBRE 2008, Place de la Bastille / Place de la République, Paris (75) :

Marche festive autour du slogan « Des ponts, pas des murs » et grand concert

Nous aurons le plaisir de vous accueillir mardi 30 septembre, pour vous présenter lesenjeux de cette initiative, les organisations mobilisées, les personnalités qui soutiennentl’événement ainsi que son déroulement, en présence de représentants des organisationssignataires. Intervenants :

Aminata Traoré, coordinatrice du Forum pour un autre Mali, ancienne ministre de la culture du Mali (sous réserve)

Laurent Giovannoni, secrétaire général de la Cimade

Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT, représentant de syndicats signataires de l’appel (CFDT, CGT, FSU, Solidaires, Syndicat de la magistrature et UNSA)

Nathalie Péré-Marzano, déléguée générale du Centre de Recherche et d’Information pour le Développement (CRID)

Grégoire Simon, du groupe les Têtes Raides, représentant les artistes mobilisés.

Merci de nous confirmer votre présence

Contact  : Cathy Mounier - cmounier@lafaceb.com 06 17 35 97 47

Dossier de presse disponible le 30 septembre sur place et en ligne :

www.despontspasdesmurs.org

Invit_conf_presse_SCM-2

 

Invit_conf_presse_SCM-2.pdf

Texte libre

 

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