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Têtes Raides Concert au Bataclan (Paris) le 27 mars 2008.
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Jeudi 9 octobre 2008

Pour le retrait de la réforme ministérielle qui modifie les conditions d’intervention de la société civile dans les centres de rétention administrative !

>> Signez la pétition <<

>> Voir les signataires <<

http://www.placeauxdroits.net/

Nous signataires, à la suite de nombreuses associations (*), exprimons notre préoccupation concernant le contenu du décret du 22 août 2008 et de l’appel d’offres consécutif qui modifient les conditions d’intervention dans les centres de rétention administrative (CRA) quant à l’a et l’aide à l’exercice des droits des étrangers.

La mission telle qu’exercée jusqu’à ce jour par la Cimade auprès des étrangers retenus dans les CRA afin « de les informer et de les aider à exercer leurs droits » sera remise en cause par ces nouvelles dispositions :

# la réforme dénature la mission car l’assistance à l’exercice effectif des droits des personnes retenues est désormais réduite à une seule mission d’information ;

# l’émiettement de cette mission contrarie toute observation, analyse et réaction d’ensemble sur la situation prévalant dans les centres de rétention. Il entrainerait, outre une inégalité de traitement, une réduction de la qualité de l’aide apportée aux étrangers ;

# l’ouverture de cette mission par voie d’appel d’offres de marchés publics à des opérateurs autres que les associations spécialisées menace l’exercice des droits fondamentaux des personnes retenues ;

# l’exigence de neutralité, de discrétion et de confidentialité revient à entraver toute parole publique de témoignage et d’alerte sur certaines situations contraires au respect des droits fondamentaux.

Cette volonté d’entraver l’action de la société civile est d’autant plus inquiétante qu’elle intervient dans un contexte marqué par une politique du chiffre en matière d’éloignement des étrangers et les menaces contenues dans la directive « retour » adoptée par le Parlement européen(**).

Nous, signataires, considérons que, telle qu’elle est envisagée, la réforme des conditions d’intervention en rétention n’est pas acceptable.

Nous exigeons du gouvernement de renoncer à sa réforme.

Nous demandons au gouvernement d’’engager une concertation avec l’ensemble des organisations qui dans notre pays sont attachées au respect des droits des étrangers.

(*) DECLARATION inter associatives, Sur les dangers de la réforme ministérielle relative aux interventions de la société civile dans les centres de rétention administrative Communique du Syndicat des Avocats de France Appel lancé par le Gisti « Etrangers, silence on enferme ! » Le Monde du 4 octobre : Eva JOLY : Omerta sur les clandestins Communiqué de la CIMADE Communiqué d’Amnesty Communiqué de presse du Réseau Education Sans Frontières (RESF) Communiqué de FTDA

(**) Pour comprendre les enjeux de la Directive "retour"


Urgent !

Ecrivez au Ministre de l’immigration, à ses conseillers, à l’Elysée pour leur demander le retrait de la réforme...

Inspirez vous du texte de la pétition. Evitez les invectives et veuillez rester courtois. Merci de nous faire passer une copie.

101 rue de Grenelle 75007

Fax ministère Hortefeux : 01 77 72 61 30

Par mail, écrire à son conseiller : patrick.stefanini@iminidco.gouv.fr

Elysée : http://www.elysee.fr/ecrire/index.html


Contact : retraitreforme@placeauxdroits.net

Le quotidien des sans papiers

Jeudi 9 octobre 2008

Elvis Akpa, sans-papiers, est mort en tombant du septième étage, 97 boulevard de la Villette, alors qu’il tentait d’échapper à la police. Un an après la mort de Chunlan Liu, dans des circonstances semblables, cette nouvelle mort d’un sans-papiers suscite bien peu de réactions…

Mercredi 1er octobre, une dépêche AFP annonçait la mort à Paris d’un Nigérian de 47 ans, « soupçonné de trafic de stupéfiants et d’association de malfaiteurs ». L’homme, « probablement en situation irrégulière », selon la formule répercutée sur le site du Parisien, est mort en tombant par la fenêtre de son appartement alors qu’il tentait d’échapper aux policiers faisant irruption chez lui. Selon l’AFP, « les enquêteurs de la PJ de Meaux agissaient sur commission rogatoire d’un juge d’instruction de Meaux ». L’IGPN – la police des polices – a été saisie pour éclaircir les conditions de la mort de Elvis Akpa et celles de l’intervention de la police.

Elvis Akpa était bien sans-papiers, et sous le coup d’une “Obligation à quitter le territoire français” depuis 2007. Il se trouve que ce n’est pas la première fois qu’un sans-papiers paniqué saute par la fenêtre pour échapper à la police et à une expulsion. Il y a un an presque jour pour jour, une chinoise de 51 ans, Chulan Liu, trouvait la mort dans les mêmes circonstances sur le même boulevard de la Villette, suite à l’intervention de policiers envoyés eux aussi par le TGI de Meaux. Dans cette précédente affaire, la police venait aussi “pour une autre raison” – soit, officiellement, pas dans le cadre de la chasse aux sans-papiers décrétée par Brice Hortefeux. Elle agissait alors suite à une plainte… d’un sans-papiers déjà expulsé en Chine. Ce dernier se serait plaint – avant son expulsion donc – de la disparition de « ses effets » dans l’appartement collectif où il demeurait.

Cette fois le motif de l’intervention policière est bien plus impressionnant. Et l’accusation de trafic de drogue semble paralyser toute mobilisation de ceux qui réagissent habituellement en de telles circonstances. Il faut dire que la version policière est terrible : non seulement Elvis Akpa appartiendrait à un réseau international de trafiquants de stupéfiants, mais ce serait dans le cadre de la même enquête que la police de Meaux a découvert, en mars dernier, le cadavre d’une jeune fille de quinze ans, « passeuse » du réseau, décédée suite à l’éclatement d’une boulette de cocaïne dans ses intestins. Devant un tel tableau, le silence est général.

Nous avons cherché à connaître les circonstances de la mort brutale d’Elvis Akpa en allant interroger sa veuve, Huguette Ahouavoeke, la mère de ses quatre enfants.

Nous avons ainsi rencontré madame Ahouavoeke – et sa sœur Estelle – dans son appartement. La première est en état de choc, et toutes deux sont révoltées par la façon dont la police est intervenue ce matin du 1er octobre.

Madame Ahouavoeke nous a donné le récit de cette intervention : tôt le matin (à 6h45, semble-t-il) le couple a entendu des coups à la porte, et l’ordre d’ouvrir. A suivi un moment de confusion dans l’appartement :

« J’entendais tellement de bruit, que j’ai eu peur ! Mon mari m’a dit : “N’ouvre pas, c’est sûrement pour les papiers !” ». « Je ne veux pas t’abandonner une deuxième fois. Je ne veux pas y retourner », a-t-il ajouté avant de se réfugier dans la chambre des enfants au fond de l’appartement, avec ceux-ci. Et c’est par le balcon de cette chambre qu’Elvis Akpa a essayé de s’échapper…

Madame Ahouavoeke, entendant les policiers défoncer la porte, a fini par leur ouvrir, son bébé de deux mois dans les bras :

« J’ouvre, ils m’ont dit : “Connasse ! Où est le monsieur qui vit avec vous, c’est votre mari, il est où ?” J’ai demandé ce qu’ils voulaient, ils avaient leurs bâtons noirs. Ils ont commencé à chercher, puis ont reçu un coup de fil et m’ont dit : “Votre mec il s’est cassé la gueule à cause de vous, il fallait ouvrir vite fait la porte !” Je ne savais pas quoi faire, ils m’ont ordonné de ne pas bouger, ils sont allés chercher les enfants, leur ont dit de ne pas bouger. J’avais le bébé dans les bras. Je demandais ce qu’il se passait, je pleurais, personne ne me disait rien. Ils m’ont dit “C’est ça ! Faîtes votre innocente !” Ils sont descendus, ils sont revenus, ils ont fouillé la maison, ils ont pris des affaires, je ne sais même pas quoi. Ils ont mis mes affaires par terre, ont demandé où était le portable, j’ai dit que je ne savais pas, ils m’ont dit “C’est ça, ça ne se passsera pas comme ça !”. Ils m’ont mise par terre devant mes enfants, et ils m’ont fouillée ».

Les policiers n’ont trouvé ni drogue ni argent dans l’appartement. Avant de partir, ils rédigent un rapport qu’Huguette Ahouavoeke refuse de signer. « Puis, ils sont partis. Ensuite, les pompiers ou les gens du Samu sont venus me voir. Ils ont dit qu’ils n’avaient rien pu faire pour sauver mon mari. »

Pendant tout le temps qu’a duré cette perquisition, Huguette Ahouavoeke n’a pu à aucun moment quitter l’appartement pour aller voir le corps de son mari. Sa sœur, prévenue par téléphone et présente sur les lieux dès 7h45, n’a pas eu l’autorisation de monter la voir. Les enfants, présents dans la chambre lorsque leur père est tombé, ont assisté aux événements. Les deux aînés, 11 et 7 ans, ont été interrogés par la police dans une pièce à part, une heure chacun, séparément, sans aucun témoin – ni leur mère, ni aucun psychologue ou médecin. Depuis, les enfants se cachent dès que quelqu’un frappe à la porte, craignant un retour de la police et suppliant la mère de ne pas ouvrir.

Toujours pendant la perquisition, avant la levée du corps, les policiers de l’IGPN sont arrivés sur place. Ils ont interrogé Huguette Ahouavoeke à nouveau, ainsi que sa sœur, et les voisins.

Avant de partir, des policiers lui ont donné le téléphone de la PJ de Meaux au cas où elle désirerait des informations complémentaires. Depuis, celle-ci a appellé à plusieurs reprises mais n’a jamais pu obtenir d’explications :

« On ne veut pas m’éclairer. Quand j’appelle ils me font balader. Jusqu’à aujourd’hui je ne sais pas ce qu’ils lui reprochaient. C’est par le journal que j’ai su qu’il recherchaient un trafiquant de drogue ».

C’est le lendemain, jeudi, que Huguette Ahouavoeke était enfin autorisée à se rendre à la morgue pour voir le corps de son mari. Celui-ci ayant subi une autopsie le matin même, à la demande de la police et pour une raison qu’elle ignore, elle n’aura pu voir que son visage.

Les jours suivants, les enfants sont restés dans l’appartement avec leur mère et ne sont pas allés à l’école. Le collège Louise Michel, où l’aînée est scolarisée, a envoyé vendredi le médecin scolaire et un psychologue pour voir les enfants. Ceux-ci ont été d’accord pour retourner à l’école à partir du lundi.

Huguette Ahouavoeke dément les accusations de trafic de drogue : « Ils se sont trompés de personne », dit-elle. Béninoise, elle vit en France depuis 2001, et a une carte de séjour de dix ans. Ses deux premiers enfants sont nés au Bénin, et les deux plus jeunes à Paris. Son époux l’a rejointe en 2006, et a fait une demande d’asile qui a été rejetée. Il est sous le coup d’une OQTF depuis 2007. Il n’a jamais eu de problèmes avec la police, et avait très peur de retourner dans son pays, où il se disait en danger pour raisons politiques. Il avait très peur d’une arrestation depuis l’OQTF.

« Mon mari a fait tous les boulots, mais ce n’était pas un trafiquant de drogue ! Il avait peur. » « Est-ce qu’il a voulu s’enfuir ? Qu’est-ce qui s’est passé dans sa tête ? Je ne sais pas ! À 33 ans, je reste avec des enfants mineurs et un mari qui n’existe pas ! ». Les quelques voisins rencontrés sont émus, certains choqués. Les témoignages sont simples : un monsieur gentil, toujours poli, pas d’histoires, pas de bagarres, attentif à la scolarité de ses enfants – selon une jeune fille qui faisait du soutien scolaire auprès d’eux.

Un événement étrange survient le lundi matin.

Ce jour-là, Huguette Ahouavoeke se rend à la mairie du Xe arrondissement pour y chercher l’acte de décès de son mari. Le document remis par la fonctionnaire de mairie qui a établi le certificat de décès contient deux aberrations manifestes, l’ignorance de la date du décès et le lieu où se trouvait le corps : « Nous avons établi le décès de Iheanacho, Elvis Akpa, (…) dont la date n’a pu être établie (…). Le corps a été trouvé en son domicile (…). Dressé sur la déclaration de Philippe Guilbert, commandant de police du 8e arrondissement (…) qui, lecture faite et invité à lire l’acte, a signé avec nous (…) ».

À la lecture de cet acte de décès, Huguette Ahouavoeke proteste : « C’est faux ! C’est la police qui a tué mon mari ! » La fonctionnaire lui répond alors imperturbablement qu’elle s’est basée sur le rapport de la police pour établir l’acte et qu’elle ne peut le corriger.

Huguette Ahouavoeke rentre chez elle et avertit son avocat. Celui-ci estime que le fait est grave et lui demande de garder les documents. Sa sœur prévient de même le QSP par téléphone.

Le lendemain matin, la fonctionnaire téléphone à la veuve pour lui expliquer qu’elle s’était « trompée », et qu’elle allait établir un nouveau certificat, mais qu’elle attendait pour ça un feu vert du procureur. Nous sommes allés l’interroger. Elle dit avoir fait une erreur de saisie. Elle se serait rendu compte de son erreur le lendemain, en relisant le texte du procès-verbal policier.

« Pourquoi avoir procédé alors à cette vérification ? », lui demande-t-on. Ce serait le souvenir des protestations de la veuve qui l’aurait réveillée dans la nuit. Elle insiste pour dire que l’erreur est de son fait, qu’elle « assume », et que « la police n’y est pour rien ». Affable, elle nous montre alors la déclaration de décès qu’aurait apporté le commandant Guilbert du 8e arrondissement. Ce rapport mentionne en effet que le corps a été trouvé « à l’aplomb du domicile du défunt », et qu’Elvis Akpa est « décédé le 1er octobre à 7h30 ». Comme on s’étonnait de ce que le commandant Guilbert ait pu relire et signer un acte erroné, elle nous explique que celui-ci a signé « en blanc », lorsqu’il a apporté le rapport, avant qu’elle-même n’ait imprimé l’acte de décès… Et qu’il en est toujours ainsi.

La question de savoir pourquoi la police du 8ème arrondissement aurait été chargée de ce rapport étonne la greffière : « Parce que c’est elle qui est intervenue. » On s’interroge sur ce qu’aurait eu à faire là des fonctionnaires du 8ème arrondissement, pour une opération diligentée à la requête du parquet de Meaux dans le 10ème, et alors que l’AFP indique ce ce sont des « enquêteurs de la police judiciaire de Meaux » qui seraient intervenus.

« On va porter plainte. La police n’avait pas à la violenter, ni à interrroger les enfants sans psychologue… On ne l’a pas laissé voir son mari par terre et voir comment il était avant l’autopsie ! On ne sait pas ce qui s’est passé. Il y a trop de questions qu’on se pose. On est là à se faire plein de films dans la tête. On ne sait pas, puisqu’on n’a même pas pu voir son corps ! Notre avocat a demandé le rapport de police, pour savoir sur quoi ils se sont basés pour la perquisition, et pourquoi c’est la police de Meaux qui a fait la perquisition. On est dans le 75 ici ! Pourquoi il n’y avait aucun policier du Xème ! ».

Huguette Ahouavoeke n’est pas encore allé chercher le corps de son mari à l’institut médico-légal : elle n’a pas l’argent nécessaire pour faire rapatrier son corps au Nigéria. « Le moins cher, c’est le service municipal de la mairie. Mais ça coûte quand même 5638 euros ! Je ne les ai pas. Pour un trafiquant de drogue, il m’a laissé 10 euros 75 ! Ils étaient dans sa poche. »

Dix euros soixante-quinze, c’est la fortune qu’Elvis Akpa a laissée à sa famille, ainsi que son alliance. Vendredi, celle-ci a été rapportée à sa veuve par deux policiers, s’excusant de ce qu’elle était un peu « tordue ».

Elvis Akpa est mort, et l’enquête le concernant est stoppée. Reste l’enquête de l’IGPN sur les circonstances de sa mort. Et restent en suspens quelques questions dans cette histoire.

Mais, de toutes façons, quel qu’ait été son moyen de subsistance, Elvis Akpa est bien mort pour avoir follement tenté d’échapper à l’expulsion au Nigéria que lui promettait l’Obligation à quitter le territoire français dont il était l’objet depuis 2007.

Il était en France depuis deux ans et avait fait une demande d’asile politique qui avait été rejetée. Se remettant alors en ménage avec la mère de ses trois premiers enfants, ils en auront conçu une quatrième. Divine, née il y a deux mois. Elvis Akpa n’aurait pas voulu abandonner sa femme et ses quatre enfants.

Concluant l’interview, sa belle-sœur nous apporte quelques photos d’Elvis avec sa femme, et d’Elvis avec ses enfants, prenant son bain ou se promenant au bord du canal Saint-Martin. « C’est ça qu’il ne voulait pas quitter », dit-elle.


Appel à solidarité

Madame Ahouavoeke a besoin d’argent pour faire rapatrier le corps de son mari. Si vous désirez l’aider, adressez vos chèques à :

Madame Huguette Ahouavoeke
97, boulevard de la Villette
75019 Paris

Merci pour elle.

http://quotidiensanspapiers.free.fr/w/spip.php ?article1588
Jeudi 9 octobre 2008

Actuellement, les migrants en situation irrégulière sont aidés par la Cimade, une association protestante, pour faire valoir leurs droits en centre de rétention administrative : rédiger leurs recours contre les décisions d’expulsion, contacter leurs familles, etc. Le ministère de l’Immigration a décidé de modifier ce dispositif en place depuis 1984. Enquête d’en3mots sur le bras de fer entre l’administration centrale et les associations...

Le système actuel

Depuis 1981, les étrangers en situation irrégulière sont placés en centre de rétention administrative (CRA) avant d’être renvoyés dans le territoire ou d’être régularisés. En 1984, la Cimade (une association protestante créée en 1939 pour venir en aide aux populations d’Alsace Lorraine évacuées après l’invasion allemande) se voit habilitée à intervenir dans les centres de rétention. L’intervention de la Cimade dans les camps pendant la Seconde guerre mondiale, son action auprès des migrants et son indépendance expliquent la décision du gouvernement de l’époque de passer une convention avec cette association afin qu’elle aide « à l’exercice des droits des personnes retenues ». En 2003, sur demande de la Commission européenne, le régime juridique du contrat change, la Cimade répond à un appel d’offre. Mais les activités des 70 salariés de la Cimade présents dans les CRA français restent les mêmes : «  Rédiger un recours, un appel, une demande d’asile, ou simplement permettre un contact avec la famille, les proches, les soutiens » (Rapport 2007 sur les centres et locaux de rétention administrative, Cimade). Le marché passé entre l’association et l’Etat court jusqu’en décembre 2008. Au fil des années, la Cimade a gagné en charge de travail. Le nombre de places en centre est passé de 786 en 2008 à 1700 fin 2007. En 2007, plus de 35 000 étrangers sont passés dans ces centres ; or, ainsi que nous le rappelle Damien Nantes, responsable du service « défense des étrangers reconduits » de l’association, la grande majorité de étrangers en situation irrégulière n’ont pas d’avocats avant d’entrer en centre, ni les moyens d’en payer un, sans compter qu’ils ne parlent pas forcément le français... 

 

La réforme voulue par le ministère de l’Immigration

En aout dernier, un décret du ministère de l’Immigration annonce une refonte du dispositif d’aide aux étrangers dans les CRA. Arguant du fait que la Cimade est « submergée », ainsi que l’avait écrit le député européen Harlem Désir après une visite dans un de ces centres, le ministère décide de répartir les centres et locaux de rétention français en 8 lots et d’organiser un appel d’offre auprès des personnes morales autres que « les associations spécialisées ». Objectif : que plusieurs organismes puissent exercer une « mission d’information » auprès des étrangers. Il sera demandé aux organisations sélectionnées de respecter une « clause de confidentialité ».

Pour expliquer sa réforme, Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration avait déclaré : « je suis hostile aux monopoles ». Les récentes violences ayant surgi dans les centres de rétention, en premier lieu desquelles l’incendie de Vincennes en juin dernier, étaient pour le ministre la preuve que le dispositif devait être changé.

La position des associations

Suite à la publication du décret, les intéressées qui affirment ne pas avoir été consulté avant la rédaction du texte, s’insurgent. Avec les syndicats, elles dénoncent la « mise en concurrence des associations » par l’organisation de l’appel d’offre. "L’accès aux droits des étrangers ne peut passer par la logique du marché" explique Jean Haffner, responsable du département Etranger France du Secours catholique. Outre les questions éthiques relatives à l’organisation d’un marché sur la question de l’aide aux étrangers, la Cimade s’effraie de ce que l’émiettement de l’activité entre plusieurs associations travaillant sur des « lots différents » n’aient des conséquences sur la qualité de l’aide fournie. « Le droit des étrangers est complexe, il y a eu quasiment 5 changements de lois en 5 ans », explique Damien Nantes, qui ajoute que le soutien technique, rendu possible par une mise à disposition à tous les salariés de la Cimade des informations recueillies sur l’ensemble du territoire, pourrait faire défaut si les associations n’ont pas d’accès à tous les CRA. Cette « vision globale » des faits est aussi indispensable à la « fonction de témoignage » de la Cimade, jusque là matérialisée par des rapports réguliers sur la situation des centres de rétention.

Mais, puisque de toute façon, les associations devront satisfaire à l’exigence de neutralité et à la «  clause de confidentialité » sous peine de rupture de contrat, qu’importe cette visibilité ? Sur ce point justement, ainsi que nous l’a appris la Cimade, le ministre de l’Immigration a apporté des « clarifications » depuis la parution du décret  : « la liberté d’expression des associations » ne sera pas réduite. La « clause de confidentialité » est une des constantes des appels d’offres, le ministère se devait de l’inscrire dans le texte. Un peu rassurée mais sceptique, la Cimade demande au ministère de reformuler le décret sur ce point. Autre clarification du ministère : les associations n’auront pas simplement une « mission d’information » mais pourront apporter une « aide effective » aux étrangers. Là encore, la Cimade demande à ce que cet engagement soit gravé dans les textes.

Toutefois, ainsi que nous le rappellent Damien Nantes (Cimade) et Jean Haffner (Secours Catholique), reste l’éclatement du territoire national « en lots ». Si la Cimade est d’accord pour travailler conjointement avec d’autres organisations, elle estime que cela doit être fait non dans une logique de concurrence, mais de façon conjointe, et sur l’ensemble du territoire national. D’ailleurs l’association protestante et le Secours catholique agissent déjà de la sorte. Depuis 2006, en effet, le Secours catholique met à disposition de la Cimade certains de ses salariés pour intervenir dans les centres. Par la constitution de ses « équipes mixtes », la Cimade a donc démontré qu’elle ne considérait pas les CRA comme sa chasse gardée.

Vendredi, le Secours catholique a fait savoir que « dans ces conditions », il ne répondrait pas à l’appel d’offre du Ministre. Quant à la Cimade, elle a affirmé le lendemain qu’elle poursuivrait son engagement dans les centres si le décret est modifié Jusqu’à aujourd’hui, seul le Forum des réfugiés a répondu favorablement à l’appel d’offre qui sera clôt le 22 octobre...

Il y a 23 centres de rétention en France métropolitaine et 4 en Outre-Mer. Il existe une centaine de locaux de rétention administrative. La Cimade intervient dans 24 centres de rétention et 35 locaux.

Marie Barral

http://www.en3mots.com/article-centre-de-retention-pour-etrangers—bras-de-fer-entre-ministere-et-associations-23473.html

Jeudi 9 octobre 2008
22 octobre, Paris : procès en appel de Romain DUNAND contre Nicolas SARKOZY
Pour avoir comparé en 2006 la politique répressive du ministre de l’Intérieur Sarkozy à celle du régime de Vichy, Romain Dunand a été condamné en février 2008 à 800€ d’amende. (A noter que la plainte du président de la République a été déposé 4 jours après son élection à l’Elysée.)
Son procès en appel a lieu le mercredi 22 octobre 2008 à 9 h devant la 11e chambre - section B de la Cour d’appel de Paris - Palais de Justice, escalier K, 2e étage, 6 bd du Palais 75001 Paris (prévoir 1/2 h de queue à l’entrée).
Romain Dunand sera présent à la conférence de presse du CODEDO.
 

21 octobre, 16 h : conférence de presse du CODEDO

(COllectif pour une DEpénalisation du Délit d’Outrage)

POUR EN FINIR AVEC LE DELIT D’OUTRAGE
Le mardi 21 octobre à 16 heures à la librairie Résistances, le CODEDO organise une conférence de presse, au cours de laquelle nous présenterons le Manifeste pour une dépénalisation du délit d’outrage.
Avec Héléne FRANCO (Syndicat de la magistrature), Marianne LAGRUE (avocate), Emmanuel TERRAY (anthropologue, auteur de "1942-2006 : réflexions sur un parallèle contesté"), Florimond GUIMARD (RESF), Maurice RAJSFUS (Observatoire des libertés publiques), Fabien JOBARD (sociologue, CESDIP), Romain DUNAND et Hervé EON.
Avec la participation des membres fondateurs du CODEDO : Maria VUILLET (outrageuse de sous-préfet), Serge et Sabrina SMUSZKOWICZ (outrageurs de gendarme), Yves BAUMGARTEN et Jean-Jacques REBOUX (outrageurs de policier).
Conférence suivie d’un débat public : venez nombreux ! 
Librairie Résistances
4 villa Compoint 75017 Paris (métro Guy-Môquet ou Brochant).
 
D’autres affaires sur le délit d’outrages et même plus...
Jeudi 9 octobre 2008

Dans la résolution adoptée par l’Assemblée générale extraordinaire du 4 octobre 2008, la Cimade estime “qu’il ne lui est pas possible d’accepter le morcellement d’une mission en un marché éclaté en lots indépendants” et qu’elle entend “rechercher avec des partenaires, associations et Organisations non Gouvernementales, les conditions permettant la mise en oeuvre d’une mission nationale cohérente assumée conjointement“.

La difficulté est que, comme l’a rappelé récemment le tribunal administratif de Lille, l’obligation d’allotir est applicable à tous les marchés publics, en vertu de l’article 10 du Code du marché public, y compris d’ailleurs lorsqu’ils sont passés en procédure adaptée (article 30 CMP) (TA de Lille, réf., 3 juillet 2008, Société d’avocat Hugo Lepage associés conseil, n°080463 : AJDA 2008, p.1833 s’agissant d’un marché de service juridique).

L’ordonnance du juge lillois rappelle d’ailleurs opportunément un autre droit : “le droit de répondre sous forme de groupement solidaire [prévu par l’article 51 du CMP] est une liberté reconnue aux candidats que le pouvoir adjudicateur ne saurait remettre en cause“. Nous aurons l’occasion de revenir sur ce point dans un prochain billet qui est un enjeu essentiel de la contestation de ce marché.

Le Conseil d’Etat vient aussi de préciser - décidément Combats pour les droits de l’homme est à la pointe de l’actualité du droit public économique :) - dans un arrêt de section du 3 octobre 2008 (n°305420, SYNDICAT MIXTE INTERCOMMUNAL DE REALISATION ET DE GESTION POUR L’ELIMINATION DES ORDURES MENAGERES DU SECTEUR EST DE LA SARTHE) qu’une irrégularité dans la passation d’un marché public ne doit entraîner l’annulation de la procédure par le juge des référés précontractuels que si elle “était susceptible d’avoir lésé ou risquait de léser” le candidat évincé ou potentiel.

Mais, comme nous y avons fait allusion à plusieurs reprises dans nos précédents billets, il nous semble que c’est l’existence même d’un marché public pour assurer l’accès à l’exercice effectif des droits des étrangers retenus qui pose problème.

Tentons d’en faire la démonstration.

 

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Entre 1984 et 2002, la Cimade assurait sa mission de défense et de solidarité active auprès des étrangers retenus sur le seul fondement d’une convention avec le ministère des Affaires sociales et, par ailleurs, recevait des subventions de ce ministère et d’autres financeurs publics ou privés pour accomplir la mission.

Or, en 2003, le ministère a transformé l’intervention de la Cimade en rétention en marché public de prestations d’information juridique, “du fait de l’interprétation par les pouvoirs publics des règles européennes” (selon un entretien de Laurent Giovannoni au Contre journal).

Il nous semble pourtant qu’au regard de la jurisprudence du Conseil d’Etat la transformation en marché public ne s’imposait pas.

Compte tenu de notre faible expertise en la matière, avouons trouver un précieux soutien dans l’étude du Pr Charlotte Denizeau, “Associations de droit commun. – Associations para-administratives”, fasc 170 Jurisclasseur droit administratif.

 

Qu’est-ce qu’un marché public ?

Aux termes de l’article 1er du Code des marchés publics, l’objet d’un marché est de répondre aux besoins des collectivités publiques en matière de “travaux”, “de fournitures” ou “de services”.

Les marchés publics de services sont “les marchés conclus avec des prestataires de services qui ont pour objet la réalisation de prestations de services“.

Ici il s’agit d’assurer la prestation de l’information, en vue de l’exercice effectif de leurs droits, des étrangers maintenus en rétention administrative. L’article R.553-14 du CESEDA, dans sa version issue du décret du 22 août 2008, prévoit que “la personne morale assure, dans chaque centre dans lequel elle est chargée d’intervenir, des prestations d’information, par l’organisation de permanences et la mise à disposition de documentation“.

L’obligation d’allotir est inhérent à l’existence de ce marché en vertu de l’article 10 du CMP. Néanmoins si le pouvoir adjudicateur choisit librement le nombre de lots c’est “en tenant notamment compte des caractéristiques techniques des prestations demandées, de la structure du secteur économique en cause et, le cas échéant, des règles applicables à certaines professions“.

Mais rien n’imposait à l’Etat de recourir à un marché public pour assister les étrangers en rétention administrative.

 

Pourquoi ?

Et bien on sait que le Conseil d’Etat admet qu’une collectivité publique puisse verser des subventions sans mise en concurrence préalable à des associations assurant une mission d’intérêt général et ce même si elles ne sont pas dotées de prérogatives de puissance publique, avec l’arrêt Commune d’Aix-en-Provence du 6 avril 2007 (n°284736).

Selon l’étude de Charlotte Denizeau, “plus de 54 % du financement des associations provient de fonds publics et prend la forme de subventions. La subvention s’entend comme le secours financier attribué de façon unilatérale, sans contrepartie, par une collectivité publique en vue du financement d’une oeuvre d’intérêt général”. Elle a un caractère en général discrétionnaire.

Dans la mesure où les collectivités publiques sont désormais tenues à une obligation de contractualisation du versement des subventions, il est néanmoins parfois difficile de les distinguer d’un marché public ou d’une délégation de service public. 

Les éléments de distinction entre subventions, marchés publics et délégation de service public

 

  • Au regard d’une délégation de service public, le critère distinctif avec un subvention est assez simple à appliquer. Une DSP est “un contrat par lequel une personne morale de droit public confie la gestion d’un service public dont elle a la responsabilité à un délégataire public ou privé, dont la rémunération est substantiellement liée aux résultats de l’exploitation.

Or ici il ne fait aucun doute que la Cimade ne tire aucune rémunération du résultat de l’exploitation puisque son intervention auprès des étrangers retenus est évidemment à titre gratuit.

Ainsi même si les deux autres critères de la DSP sont remplis (la DSP a pour but de confier à un tiers une activité d’intérêt général, l’administration a l’intention d’ériger en mission de service public), le 3ème critère (le risque d’exploitation assuré par le cocontractant) n’est pas rempli (CE, 12 avr. 1999, Sté restauration Orée du Bois).

 

 

  • Au regard d’un marché public, le risque de confusion existe dès lors que l’association fournit une prestation dont peut bénéficier la personne publique qui verse la subvention et que la relation entre les deux est contractualisée.

Il faut néanmoins distinguer subvention et prix d’une part et attribution d’une subvention et conclusion d’un marché public d’autre part.

Le critère de distinction entre subvention et prix est précisément que la subvention ne doit pas apparaître comme la contrepartie d’un service rendu par le bénéficiaire des fonds à la collectivité versante :

“les subventions constituent une contribution financière de la personne publique à une opération qui présente un caractère d’intérêt général, mais qui est initiée et menée par un tiers pour répondre à des besoins que celui-ci a définis.

Dans le cas de la subvention, la somme d’argent n’a pas de contrepartie directe pour la personne publique  ; dans le cas contraire, en présence d’une contrepartie directe pour la personne publique, il s’agit d’un marché public (instruction du 28 août 2001 du ministère de l’Economie et des finances prise pour l’application du Code des marchés publics du 7 janvier 2001).

Le critère de distinction entre allocation d’une subvention et conclusion d’un marché repose sur l’initiative du projet.

Le marché public se différencie de la subvention qui constitue une contribution financière de la personne publique à une opération justifiée par l’intérêt général, mais qui est initiée et menée par un tiers. Il s’agira d’une subvention si l’initiative du projet vient de l’organisme bénéficiaire et si aucune contrepartie directe n’est attendue par la personne publique du versement de la contribution financière. Dans le cas contraire, il s’agira d’un marché public. La notion d’initiative implique non seulement l’impulsion du projet mais aussi sa conception et sa définition (circulaire du 7 janvier 2004 portant application du Code des marchés public).

Or, en l’occurence, la Cimade a pris l’initiative de défendre juridiquement les étrangers reconduits. La mission de solidarité active auprès des personnes enfermées fait même partie de ses missions depuis sa création en 1939. En 1984, la convention avec le ministère visait avant tout à permettre une intervention sociale.

La Cimade a eu, à l’évidence, l’initiative de cette activité.

Elle mène donc une mission d’intérêt général qui incontestablement lui est propre - la défense et la solidarité active des étrangers reconduits au sein des centres et locaux de rétention. Dans sa lettre à la CFDA du 25 septembre 2008, le ministre de l’Immigration abonde en ce sens puisqu’il conclue en écrivant qu’il “espère que ces précisions vous auront convaincu du souhait qui est le mien de faire en sorte que la mission confiée aux personnes morales dans les centres de rétention (…) s’exerce au service de l’intérêt général“.

Les intervenants de la Cimade en rétention n’ont jamais considéré qu’ils remplissaient une prestation pour l’Etat. La lecture des rapports annuels de la Cimade en est la meilleure preuve.

Parallèlement, afin de soutenir cette mission d’intérêt général, le ministère des Affaires sociales lui versait une subvention mais qui n’était pas la contre partie directe de l’intervention de la Cimade en rétention.

C’est d’ailleurs dans ce cadre que s’inscrivait la convention et le financement de la Cimade par le ministère des Affaires sociales de 1984 à 2003.

Les deux critères distinctifs entre subvention et prix (l’initiative de l’activité et l’existence ou non d’une contrepartie pour la collectivité publique) sont donc remplis.

Evidemment, depuis la transformation en marché public en 2003, la Cimade est devenue particulièrement dépendante de celui-ci.

Une dépendance croissante de la Cimade au marché de la rétention

Comme nous l’évoquions dans notre premier billet sur la question, le pôle Défense des étrangers reconduits de la Cimade a connu une croissance soutenue ces dernières années (de 31 ETP en 2004 à 79 ETP en 2008 et de 1,8M d’€ à 4,5 M d’€) - sans oublier les emplois induits.

Voici ce qu’on trouve dans les annexes de la loi de finances pour 2008 (voir ici en PDF, p.42) :

“L’association CIMADE est à ce titre titulaire d’un marché public avec l’État dans un cadre pluriannuel. En 2007, ce marché était d’un montant de 3 881 027 € pour 62,38 ETP d’intervenants sociaux, dont 1,5 outre-mer, correspondant àune couverture de 1 521 places de CRA, soit un coût moyen annuel de 2 552 € par place et de 62 215 € par intervenant.
Au titre de l’année 2007, le montant estimatif du financement résulte de la revalorisation du coût par intervenant évolution de la convention collective de l’opérateur intervenant) et de l’augmentation du nombre de places en CRA. Ce coût comprend les coûts salariaux pour 82,8%, les frais de fonctionnement pour 11,6 et les frais de déplacement our 5,6%, ce qui est justifié s’agissant d’une prestation effectuée sur place dans le CRA. L’association a fait l’objet d’un contrôle favorable de l’IGAS en 2007.

Le calcul du coût 2008 au titre de cette mission doit comporter deux éléments, la revalorisation du montant par intervenant selon un indice prévu dans le marché et l’évolution du nombre de places. S’agissant du 1er point, la prévision est que la hausse 2007-2008 pourrait être égale à l’évolution du coût de la vie (soit 1,4%).
La programmation d’ouvertures de places de CRA du ministère de l’intérieur et du ministère de la défense (établie en ars 2007), compte tenu des dates d’ouverture prévues, équivaut à une capacité de 2 155 places en année pleine, lenombre moyen d’ETP à financer en 2008 serait donc de 81,47, dont 2,5 outre mer, (soit un ratio de 1 ETP pour 26,4 places de CRA).
Le crédit de 5,16 M€ inscrit pour 2008 vise à permettre de suivre l’augmentation du nombre de places de CRA.
La prévision 2008 est de [78,97 (ETP métropole) X 5207,55 (coût mensuel d’un intervenant en métropole) + 2,5 (ETP utre mer) X 7 290,60(coût mensuel d’un intervenant outre mer)] X12 mois = 5 160 000 “

Finalement, le montant du marché public avec l’État inscrit en LFI 2008 a été de 4,563 M € correspondant à 78,97 ETP, soit 57 790 € par intervenant.

Dans le projet de loi de finances pour 2009, le montant de la dotation prévue pour 2009 pour les centres de rétention est de 28,8 millions d’euros. A la mi-année, 1 538 places étaient gérées par la police et 434 par la gendarmerie, 2 030 places au total étant prévues pour 2009. Le coût moyen d’une place en rétention est de 38,84 euros par jour (Le Monde du 3 octobre 2008 ).

Par ailleurs, le coût estimé dans l’appel d’offre est de 15 M d’euros sur trois ans - le montant minimum annuel global est fixé à 3 millions d’euros et le maximum global à 7 millions d’euros.

Voici ce qu’en dit l’annexe à la loi de finances 2009 (programme 303 immigration et asile )

v. en particulier ce document

“Le marché actuel avec la CIMADE se termine fin 2008. Un nouvel appel d’offre doit être passé avec, éventuellement, un allotissement afin de mettre en concurrence plusieurs personnes morales agissant dans le domaine juridico-humanitaire. Le coût estimé de l’appel d’offre est de 15 M€ sur 3 ans.

Le calcul du coût 2009, au titre de cette mission, tient compte de nouvelles exigences de qualité de service ainsi que des modifications réglementaires rappelées ci-dessus. De plus, le coût réel ne sera connu qu’en fonction du dépouillement des offres des candidats au marché public qui a été lancé le 28/08/08. En tout état de cause, l’accroissement du nombre de places en CRA, en 2009, aura un effet sur le coût global de l’accompagnement social qui sera maîtrisé grâce à la mise en concurrence de plusieurs intervenants.

 Autorisations d’engagement : 5 000 000 €

Crédits de paiement 5 000 000 €.”

Assez paradoxalement, on constate que dans les prévisions de la LF2009, la mise en concurrence ne va pas faire baisser le prix versé par l’Etat…

Quelle personne morale soumissionne ?

Forum réfugiés a confirmé qu’il répondrait aux lots 3 et 4 “des rives gauche et droite du Rhône” et que l’association lyonnaise avait fait une “proposition de collaboration” sur ces lots à la Cimade. Elle dit aussi qu’elle “encouragera et, le cas échéant, s’engagera dans une coordination sous réserve du respect nécessaire entre les partenaires associatifs concernés” (voir le communiqué du 7 octobre et la lettre à la Cimade du 2 octobre ici ).

L’Ordre de Malte semble être aussi prêt à soumissionner.

Le Secours catholique a renoncé dans la séance du 2 octobre 2008 du Conseil d’administration de “au regard du nouveau décret et de l’appel d’offre, l’intérêt et l’opportunité de la présence de salariés du Secours Catholique en rétention” car ce « décret rend impossible la constitution d’équipes mixtes dans un même centre de rétention  » écrit le Président du Secours catholique dans son courrier au ministre. « L’appel d’offres qui, à notre sens, réduit la mission demandée, la divise aussi en lots, empêchant concrètement une vision et une action globales sur la rétention ; divers éléments de l’appel d’offres engendrent en plus un aspect concurrentiel entre les personnes morales  ».

France terre d’asile soutient la position exprimée par la Cimade à l’occasion de son assemblée générale du 4 octobre et se déclare “disponible pour agir et coordonner sa future action dans les centres de rétention aux côtés de la Cimade”, dans un communiqué.

Comme l’explique Carine Fouteau dans un excellent article du 5 octobre, très bien informé, selon le souhait de l’Assemblée générale de la Cimade :

 “C’est pour une position intermédiaire que la Cimade a opté : elle refuse l’éclatement en lots de la mission d’aide juridique aux retenus (…) mais elle accepte de la partager avec d’autres associations comme elle l’a fait savoir depuis plusieurs semaines. Autrement dit, elle entend la demande de pluralisme formulée par Brice Hortefeux, tout en rejetant l’idée selon laquelle l’assistance aux étrangers en situtation irrégulière serait un marché comme les autres avec des prestataires de service mis en concurrence les uns avec les autres.
Concrètement, (…) [elle exige ] la modification de la réforme et [le regroupement] des associations et des organisations non-gouvernementales susceptibles de partager la même vision de la défense des droits des étrangers en rétention. C’est-à-dire, espèrent-ils, sans tenir compte des impératifs de discrétion et de confidentialité inscrits dans l’actuel appel d’offres.”

Elle précise enfin que :

“Ces associations seraient candidates, ensemble, pour l’ensemble des huits lots définis par le ministère de l’immigration”.

Elles souhaiteraient aussi avoir la possibilité d’exercer leur mission à plusieurs dans un même centre, ce que le dispositif Hortefeux interdit. Leur rôle de regard extérieur et de contrepoids serait préservé, via la publication régulière de témoignages et de rapports communs dénonçant, si elles le jugent nécessaire, les conditions de rétention.”

Sauf que cela n’est pas possible dans le cadre de l’actuel d’appel d’offre et même si les conditions du marché étaient modifiées, compte tenu de la logique concurrentielle des marchés publics, une telle entente entre candidats n’est pas juridiquement possible sans fausser le jeu de la concurrence.

Ne va-t-on pas plutôt vers la structuration d’une association type “Anafé-rétention” ?

En effet, l’Anafé est un collectif d’associations qui ont réussi à imposer un droit de regard associatif sur les conditions de maintien en zone d’attente.

L’association adopte une stratégie beaucoup plus ciblée sur certaines priorités (asile à la frontière, mineurs isolés, violences policières, transit interrompus, etc.) que la Cimade qui reçoit l’ensemble des personnes retenues.

C’est ainsi que l’Anafé a obtenu la condamnation de la France dans l’affaire Gebremedhin en avril 2007 - ce qui a permis en retour d’obtenir pour l’ensemble des demandeurs d’asile à la frontière l’instauration d’un recours suspensif.

D’ailleurs la convention entre le ministère de l’Immigration et l’Anafé ne lui impose aucune obligation. L’Anafé a un droit d’accès permanent dans la zone d’attente des personnes en instances de Roissy (Zapi 3) mais aucune obligation d’assistance juridique de l’ensemble des personnes maintenues ni de prestation d’information. Par ailleurs, une dizaine d’associations sont habilitées à visiter les zones d’attente se situant en Métropole et outre-mer.

Contrairement à la Cimade, l’Anafé n’a également - jusqu’à maintenant - jamais perçu de subvention d’un ministère. Son intervention repose donc essentiellement sur des bénévoles (élèves avocats, étudiants en Master juridique, etc.) puisqu’elle ne dispose que de deux salariés (comparé à la dizaine de salariés de la Cimade par centre).

Le budget de l’Anafé est néanmoins parfois difficile à boucler. Mais c’est le prix à payer pour son indépendance.

Ce mode d’intervention pose également des cas de conscience permanent puisqu’il faut gérer des demandes individuelles d’assistance juridique de personnes maintenues en zone d’attente alors que l’association s’est fixée des priorités.

Mais, dans l’absolu, cette assistance individuelle devrait être assurée par des avocats et non des associations. En théorie, les avocats devraient tenir des permanences en zone d’attente mais, compte tenu du projet de salle d’audience délocalisée en zapi 3, la barreau de Bobigny s’y refuse.

Il appartient donc aux barreaux de mettre en place des permanences juridiques en rétention et en zone d’attente, comme le prévoit la loi. Mais pour que ces permanences puissent fonctionner il faudrait s’en donner les moyens humains et financiers.

Une telle évolution de la défense des étrangers reconduits permettrait d’habiliter bien plus d’associations à intervenir en rétention pour informer les étrangers reconduits sur leurs droits.

Elle permettrait aussi de respecter les termes de l’article R.553-14 du CESEDA qui prévoit qu’il s’agit de “permettre l’exercice effectif de leurs droits par les étrangers maintenus dans un centre de rétention administrative

La crise actuelle est l’occasion de réflechir collectivement à un nouveau mode d’intervention de la société civile dans les lieux d’enfermement. Pour qu’il soit réellement pluraliste et indépendant… des pouvoirs publics.

http://combatsdroitshomme.blog.lemonde.fr/2008/10/08/la-defense-des-etrangers-en-retention-ni-marche-ni-delegation/

Jeudi 9 octobre 2008

Ils sont curieux ces juges judiciaires - ceux-là mêmes que le président de la République a qualifié de “petits pois“. Ils veulent absolument que les enfants en bas âge ne soient pas “accueillis” en centre de rétention pour “accompagner” leurs parents.

Curieuse attitude tout de même. Non ?

Ne serait-ce pas pour ce type de décisions que le président de la République avait envisagé le 8 janvier 2008, dans une conférence de presse, la suppression de l’intervention du juge judiciaire protecteur de la liberté individuelle, dans la procédure d’éloignement des irréguliers (voir notre billet) ?

En effet, pour la seconde fois, la Cour d’appel de Rennes annule, dans un arrêt du 29 septembre 2008, le maintien en rétention administrative d’une famille avec un très jeune enfant sur le fondement de l’article 3 de la Convention européenne interdisant les traitements inhumains et dégradants.

Le juge des libertés et de la détention (JLD - qu’on appelle toujours le juge du “35 bis” même si l’ordonnance de 1945 a été abrogée depuis le 1er mai 2005 par le CESEDA) de Rennes avait libéré la semaine passée une autre famille avec 2 jeunes enfants.

La décision de la Cour d’appel du 29 septembre 2008 reprend les termes d’une précédente décision du 23 octobre 2007 (voir en PJ carennes-brenaivu.1222946156.pdf).

Voici la décision, empruntée au Dictionnaire permanent-droit des étrangers

ca-renne-sept-2008.1223014833.pdf

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On peut lire un extrait de la décision de la Cour d’appel sur Rennes info :

« Considérant que le moyen tiré de la violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’Homme, que, selon ce texte, “nul ne peut être soumis à des traitements inhumains ou dégradants”, que pour tomber sous le coup de cette disposition, un mauvais traitement doit attendre un minimum de gravité, dont l’appréciation dépend de l’ensemble des données de la cause, notamment de la nature et du contexte du traitement, de sa durée, de ses effets physiques ou mentaux, ainsi que, parfois, du sexe, de l’âge, et de l’état de santé de la victime

[voir, par exemple, l’affaire Selmouni contre France , §91 ou l’affaire Papon] ;

Considérant que le préfet fait valoir que le fait de placer les époux S. et leurs enfants au centre de rétention de Saint-Jacques de la Lande, qui dispose de locaux spécialement aménagés pour recevoir les familles, ne constitue pas un traitement inhumain et qu’en raison de son jeune âge, l’enfant, qui n’a pas été séparé de sa mère, ne subit pas de traumatisme psychologique dans la mesure où il n’est pas à même de se rendre compte de sa situation ;

Mais considérant que même s’il dispose d’un espace réservé à l’accueil des familles, le centre de rétention reste un lieu d’enfermement où sont retenus des étrangers, en vue de leur éloignement du territoire français, pour une durée pouvant atteindre 32 jours ; que, dans le cas particulier de l’espèce, le fait de maintenir, dans un tel lieu, une jeune mère de famille, son mari et leur bébé âgé d’un an, constitue un traitement inhumain au sens de l’article 3 de la convention européenne des droits de l’Homme, en raison :

- D’une part du fait que l’enfant se trouve soudainement soustrait, dès son plus jeune âge, à un cadre de vie habituel et approprié  : le domicile de ses parents – pour se voir imposer, même temporairement, des conditions de vie tout à fait anormales pour un bébé d’un an ;

- D’autre part, de la grande souffrance, morale et psychique, infligée à la mère et au père ; souffrance qui, par sa nature, son importance et sa durée (la prolongation de la rétention sollicitée par le Préfet étant de quinze jours), dépasse le seuil de gravité requis par le texte précité

Considérant en outre, que la souffrance causée est manifestement disproportionnée au but poursuivi, c’est-à-dire la reconduite à la frontière des époux S., ce d’autant plus que les intéressé disposent d’un logement personnel à Vitré où ils ont été interpellés  ».

Les magistrats administratifs qui ne montrent pas autant de scrupules dans leurs jugements feraient bien de s’inspirer de leurs collègues de l’ordre judiciaire.

Selon le rapport annuel de la Cimade sur les centres et locaux de rétention - celui-là même que Brice Hortefeux ne souhaite plus voir paraître grâce aux stipulations du nouveau marché public (v. ici notre dernier billet) -, en 2007 ce sont 242 enfants qui ont eu à subir, avec leurs parents, la rétention administrative :

 

Au mois d’octobre 2007, le placement en rétention d’un nourrisson de 3 semaines au centre de rétention de Rennes est venu llustrer à nouveau l’inhumanité de l’enfermement des familles et des mineurs. A cette occasion la cour d’appel de Rennes a pour a première fois affirmée et reconnue qu’une telle décision constituait un traitement inhumain et dégradant au sens de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des libertés fondamentales et des droits de l’Homme. Cette décision de justice n’a pourtant pas mis fin à cette pratique. En 2007, 242 enfants de tous âges sont passés derrière les grilles et les barbelés des centres de rétention français. Nous ne pouvons une nouvelle fois que dénoncer la violence qui est ainsi faite à ces enfants et à leur famille interpellés le plus souvent chez eux au petit matin avant d’être conduits au côté de leurs parents menottés et
enfermés dans les CRA désormais “habilités à les recevoir”. Le traumatisme infligé à ces enfants, parfois déjà marqués par une histoire difficile dans leur pays d’origine, est injustifiable. Aucun objectif politique ne peut expliquer que l’on place ainsi des mineurs derrière des barreaux.”

Mais le gouvernement assume sans vergogne ces pratiques. Ainsi, à l’époque où il était encore Place Beauvau, Nicolas Sarkozy indiquait, dans une réponse à un parlementaire, que la législation

« ne s’oppose naturellement [sic] pas à ce que des mineurs accompagnés suivent leurs parents lorsque ces derniers font l’objet d’une mesure d’éloignement ».

Dans cette perspective, il s’agit de préserver :

« l’unité familiale durant toute la phase précédant l’éloignement effectif des étrangers en cause accompagnés de leurs enfants, notamment durant le placement en rétention administrative »

(réponse à la question parlementaire n° 58712, au JO : 17/05/2005).

Saisi de la légalité d’un décret du 30 mai 2005 organisant cet « accueil », le Conseil d’Etat a abondé dans le sens du gouvernement en établissant une distinction sibylline.

Les dispositions du décret attaqué

« n’ont pas pour objet et ne sauraient avoir légalement pour effet de permettre aux autorités préfectorales de prendre des mesures privatives de liberté à l’encontre des familles des personnes placées en rétention ».

Elles « visent seulement [sic] à organiser l’accueil [sic] des familles des étrangers placés en rétention  »

(CE 12 juin 2006, Gisti, Cimade, LDH, Amnesty et le communiqué de presse).

9 centres de rétention administrative sont désormais habilités à recevoir des familles avec leurs enfants mineurs, y compris en bas âge.

Dans certains centres, des aires de jeux ont été aménagées. Elles répondent à toutes les normes de sécurité des parcs et jardins – y compris l’écriteau indiquant que les enfants doivent rester « sous le regard et la responsabilité de leurs parents ».

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http://www.anafe.org/doc/photos/photo2004.html

© Aubert http://www.aubertolivier.org/

Le ministère de l’Immigration ne publie aucune statistique sur cette présence d’enfants en rétention ni sur les conditions de cet « accueil ».

On ignore les moyens développés pour empêcher qu’ils soient témoins des violences et contraintes faites à leurs parents ou aux autres adultes présents dans le centre (coercition physique, menottes, humiliations, tentatives de suicide, etc.) ou comment est assurée l’instruction obligatoire.

Ainsi, à Toulouse, une petite fille de 4 ans a-t-elle passé 32 jours avec ses grands-parents, bien loin des bancs de l’école laïque, gratuite et… obligatoire [MAJ : - il est vrai à partir de 6 ans].

A Lyon-Satolas, une militante du RESF s’est vue interdite de centre et confisquer un livre pour enfant intitulé « Au panier » car il a été jugé « subversif » (voir Rue 89).

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Il est vrai qu’il citait la disposition de Déclaration universelle des droits de l’homme garantissant la liberté de circulation…

En zone d’attente, où le régime juridique pariculier permet d’enfermer des enfants et de les éloigner, 989 enfants ont été refoulés à la frontière en 2006 en Métropole. 102 avaient moins de 13 ans.

Selon l’Anafé, à Roissy, sur 604 personnes s’étant déclarées mineures, 515 l’ont été reconnus. Seuls 480 ont bénéficié d’un administrateur ad’hoc pour les représenter (c’est pourtant une obligation légale).

h_9_ill_725426_par2003110215741.1222948044.jpg AFP/JOEL ROBINE Dans un couloir du centre de rétention de la zone d’attente de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, le 27 octobre 2003.

 

A tel point que Forum réfugiés, qui a obtenu d’être désigné administrateur ad’hoc aux côtés de la Croix rouge pour représenter les mineurs isolés dans leurs démarches juridiques en zone d’attente, a tergiversé avant d’y aller afin d’obtenir des garanties et une meilleure rémunération.

Aucune mention de cette présence d’enfants n’est faite dans le 4ème Rapport sur l’orientation de la politique de l’immigration.

On trouve néanmoins, dans les dernières pages du rapport, les observations du président de l’éphémère commission nationale de contrôle des centres de rétention et des zones d’attente. Il y souligne qu’il s’agit là d’un :

« problème très préoccupant et ne satisfait pas aux engagements contractés par notre pays en ratifiant la convention internationale des droits de l’enfant comme vient de la rappeler avec vigueur le 5 octobre 2007 le comité des Droits de l’Enfant de l’Unicef lors de sa 46ème session »…

Enfin à Mayotte, île dans laquelle il y a autant de reconduites à la frontière qu’à partir toute la France métropolitaine, sur les 16 246 étrangers comoriens reconduits, plus de 2 933 étaient mineurs (v. la saisine de la Halde par Migrants Outre mer et le Gisti).

Il est à craindre que l’île d’outre-mer constitue une nouvelle fois un laboratoire préfectoral et policier en la matière.

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v. aussi Bon vent ! de Maître Eolas.

Partager ce Combat pour les droits de l’homme
http://combatsdroitshomme.blog.lemonde.fr/2008/10/02/de-linteret-superieur-des-nourrissons-de-ne-pas-etre-enfermes-en-retention-administrative/

Mardi 7 octobre 2008
 
Nouvel Horizon, 06/10/2008

La question de l’immigration est d’actualité tant en Europe qu’en Afrique. De plus en plus, des immigrés clandestins originaires pour la plupart d’Afrique subsaharienne perdent leur vie en tentant de franchir la frontière européenne à la recherche d’un mieux être.

Cela se passe à un moment où les Européens multiplient les efforts de contrôle des flux migratoires. Depuis un certain temps, les pays européens, à travers l’Union Européenne, multiplient des actions en collaboration avec les pays africains afin de réduire le nombre des immigrés clandestins.

UNE INITIATIVE DE L’UNION EUROPEENNE
C’est dans ce cadre que l’Union Européenne a créé un Centre d’Information et de Gestion des Migrations (CIGEM) au Mali, un projet pilote qui a été inauguré le lundi 6 octobre 2008 sous la présidence de Amadou Toumani Touré, président de la République du Mali accompagné du Commissaire européen chargé du développement et de l’aide humanitaire M. Louis Michel en présence du ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine, des responsables européens et de plusieurs invités s’intéressant aux questions de migration.

Après la cérémonie d’ouverture, une table ronde coprésidée par le ministre des Maliens de l’Extérieur et de l’Intégration Africaine et le Commissaire européen au développement a été organisée avec comme thème “Vers une approche concertée de la gestion des migrations”.

OBJECTIFS DE LA CREATION DU CENTRE
Ce centre qui a pour objectif d’informer et d’aider les éventuels candidats à l’immigration, donnera des renseignements sur les risques liés aux réseaux d’immigration clandestine et aidera les autorités maliennes à négocier des accords d’immigration de main d’oeuvre avec chacun des Etats membres de l’Union Européenne et divers pays tiers, sans pour autant être un “job center”.

Autrement dit, il ne s’agit pas d’une agence pour l’emploi où ceux qui s’y rendent ressortent avec un emploi dans un pays européen comme par magie, mais d’assister le Mali à définir une politique migratoire en réponse aux préoccupations des migrants potentiels, des migrants de retour et des migrants résidant à l’extérieur du Mali.
Il faut par ailleurs souligner que ce centre est un projet pilote qui pourra s’étendre aux autres pays africains. Selon le Commissaire européen chargé du développement et de l’aide humanitaire ce centre illustre concrètement la manière dont l’Europe et l’Afrique tentent d’aider les immigrés de manière légale, équitable et digne, avantageuse pour toutes les parties concernées.
Dado CAMARA


http://www.maliweb.net/category.php ?NID=36200&intr=
Mardi 7 octobre 2008
 
Immigration: les écoles ne font pas face au même défi

Hadiatou Barry, Avin Ahmad et Lou-Micah Castillo fréquentent l’école secondaire La Voie.
Photo : David Boily, La Presse

Marie Allard
La Presse

Il y a maintenant 36 600 élèves nés à l’étranger dans les écoles publiques de l’île de Montréal, un record. Avec les jeunes nés ici, mais dont un ou deux parents sont immigrés, ils forment la majorité. Et cela se passe bien dans la grande majorité des cas.

Le nombre d’élèves nés à l’étranger est en hausse dans les écoles publiques de l’île de Montréal : il a atteint 20% en 2007, selon un rapport du Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal. De 2001 à 2005, ce taux était de 17%.

 

Près de 36 000 élèves sont nés à l’étranger, dans 200 pays différents. Le plus commun est l’Algérie, suivi d’Haïti, de la Chine, du Maroc, des États-Unis et du Mexique. On trouve aussi des lieux d’origine plus exotiques, comme le Kazakhstan, Djibouti ou les îles Carolines.

Cette tendance « est normale, puisqu’on se bat pour augmenter nos taux d’immigration et qu’environ 20% des immigrés ont des enfants d’âge scolaire », observe Marie McAndrew, titulaire de la chaire sur l’éducation et les rapports ethniques à l’Université de Montréal.

Désormais, 40% des élèves des écoles publiques de l’île sont nés au Québec de parents également nés ici. Les autres sont nés ailleurs (20%), nés ici de deux parents arrivés de l’étranger (23%) ou d’un seul parent étranger (10%), ou encore proviennent du reste du Canada.

Conséquence logique, la proportion d’élèves dont la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais « a augmenté de façon constante de 1998 à 2007 » pour atteindre près de 40%, lit-on dans le rapport. « Les autres langues sont en voie d’égaler le français au chapitre de la langue maternelle », y est-il précisé. Le phénomène touche presque également les commissions scolaires de Montréal (45% d’élèves allophones), English-Montréal (44%) et Marguerite-Bourgeoys (42%).

L’arabe détrône l’espagnol

L’arabe est désormais au troisième rang des langues maternelles les plus courantes après le français et l’anglais, détrônant l’espagnol. Viennent ensuite l’italien, le créole, le chinois, le tamoul, le vietnamien, le bengali et le tagal. Fait à noter, le nombre d’élèves qui parlent une langue autre que le français ou l’anglais à la maison progresse lui aussi, pour atteindre 26%.

Malheureusement, plus l’immigration de sa famille est récente, plus un élève est susceptible de résider dans une zone défavorisée. Près de la moitié (47%) des élèves nés à l’étranger vivent dans une telle zone, selon le Conseil. À titre de comparaison, les jeunes nés au Québec de parents également nés ici ne sont que 21% dans ce cas.

Ces données servent « quotidiennement » à la Commission scolaire de Montréal « pour avoir le portrait de chacune de nos écoles », dit Alain Perron, son porte-parole. « On a pu s’apercevoir que l’est de la commission scolaire est de plus en plus arabophone et réajuster nos services en fonction de cette réalité », illustre-t-il.

Effets négatifs possibles

Mais quel est l’impact de cette diversité grandissante ? « Je vous donne un petit scoop : selon nos études non encore publiées, il n’y a pas de gros impact de la concentration ethnique sur la réussite scolaire », indique Marie McAndrew, qui organise dès demain à Montréal un colloque international sur la prise en compte de la diversité à l’école publique.

Des effets négatifs apparaissent quand la concentration ethnique est très forte, « à 75% et plus », précise la spécialiste. Or, 49 écoles de l’île comptent 75% ou plus d’élèves nés à l’étranger ou nés ici de deux parents venus d’ailleurs. La palme revient à l’école primaire Hébert, à Saint-Laurent, avec 100% d’élèves issus d’autres cultures.

Toutes ne font pas face aux mêmes défis. Les écoles de Côte-des-Neiges et de Parc-Extension reçoivent les élèves à peine débarqués de l’avion. « Ça demande beaucoup d’énergie aux enseignants, mais ça se passe relativement bien », observe Mme McAndrew. Rapidement, les familles s’intègrent, déménagent et sont remplacées par une autre vague migratoire.

Ce qui est plus problématique, c’est ce qu’elle appelle « le syndrome Montréal-Nord ». Ces écoles « ont des concentrations d’élèves immigrés de deuxième génération, pauvres, qui ne réussissent pas et qui restent longtemps dans les mêmes quartiers, énumère la spécialiste. Ça, c’est très lourd. »

 

Parlez-vous le twi ?

Près de 200 élèves de l’île de Montréal parlent le twi à la maison, une langue du Ghana. Les élèves parlent de nombreuses autres langues exotiques, comme le tigré, l’ilocano, le tshiluba, le shona, le télugu, le loucheux, le kabarde, le luo, le chilcotin, le bochiman ou le madurais.

 

Moins d’allophones dans les écoles anglos

Les élèves venus d’ailleurs sont en croissance partout... sauf dans les écoles anglophones. Seuls 5% des élèves de la Commission scolaire English-Montréal - et 2,3% de ceux de Lester-B.-Pearson - sont nés hors Québec. Normal, puisque la loi 101 oblige les immigrés à inscrire leurs enfants à l’école francophone.

Il y a tout de même plusieurs élèves dont la langue maternelle n’est pas l’anglais, ni le français : 44% à English-Montréal et 12,5% à Lester-B.-Pearson. Près de la moitié parlent toutefois anglais à la maison plutôt que leur langue d’origine, une proportion d’intégration linguistique plus importante que dans les commissions scolaires francophones.

 

LANGUES PARLÉES À LA MAISON

Par les élèves du secteur public dans l’île de Montréal

PAYS OU PROVINCE / NOMBRE D’ÉLÈVES

1. Français (47,6%) 88 900

2. Anglais (26,9%) 50 300

3. Espagnol (4,7%) 8900

4. Arabe (4,3%) 8000

5. Chinois (2,0%) 3800

6. Tamoul (1,3%) 2400

7. Créole (1,2%) 2300

8. Vietnamien (1,0%) 1900

9. Bengali (1,0%) 1800

10. Ourdou (0,8%) 1600

Autres (9,2%) 16 900

Source : Données du Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal au 30 septembre 2007, compilées pour La Presse

 

LIEU DE NAISSANCE

Des élèves du secteur public dans l’île de Montréal

PAYS OU PROVINCE / NOMBRE D’ÉLÈVES

1. Québec (79,2%) 147 900

2. Algérie (2,0%) 3700

3. Haïti (1,4%) 2700

4. Ontario (1,3%) 2500

5. Chine (1,1%) 2000

6. Maroc (1,0%) 1800

7. États-Unis (0,9%) 1700

8. Mexique (0,9%) 1700

9. Roumanie (0,7%) 1300

10. France (0,6%) 1100

Autres (10,9%) 20 300

Source : Données du Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal au 30 septembre 2007, compilées pour La Presse

 

LES 10 ÉCOLES PRIMAIRES LES PLUS MULTIETHNIQUES DE L’ÎLE DE MONTRÉAL

Élèves nés à l’étranger ou nés ici de deux parents nés ailleurs

1. Pavillon Hébert (école Katimavik-Hébert) Saint-Laurent : 100%

2. Édifice Mackle (école de la Mosaïque) Côte-Saint-Luc : 97,51%

3. Barthélémy-Vimont Parc-Extension : 94,99%

4. Camille-Laurin Parc-Extension : 94,82%

5. Henri-Beaulieu Saint-Laurent : 94,21%

6. Barclay Parc-Extension : 93,97%

7. Laurentide Saint-Laurent : 93,75%

8. Édifice McMurray (école de la Mosaïque) Côte-Saint-Luc : 92,87%

9. Enfant-Soleil Saint-Laurent : 91,97%

10. Pavillon Dupuis (école des Cinq-Continents) Snowdon : 91,61%

Source : Portrait socioculturel des élèves inscrits dans les écoles publiques de l’île de Montréal, Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal, 2008

 

LES 10 ÉCOLES SECONDAIRES LES PLUS MULTIETHNIQUES DE L’ÎLE DE MONTRÉAL

Élèves nés à l’étranger ou nés ici de deux parents nés ailleurs

1. La Voie Côte-des-Neiges : 92,15%

2. Mont-Royal Mont-Royal : 89,21%

3. Édifice Émile-Legault (école Saint-Laurent) Saint-Laurent : 89,05%

4. Édifice Saint-Germain (école Saint-Laurent) Saint-Laurent : 88,40%

5. Saint-Luc Notre-Dame-de-Grâce : 87,74%

6. La Dauversière Cartierville : 87,28%

7. Évangéline Cartierville : 85,06%

8. Lucien-Pagé Villeray : 78,58%

9. Louis-Joseph-Papineau : Saint-Michel 74,83%

10. Amos Montréal-Nord : 70,54%

Source : Portrait socioculturel des élèves inscrits dans les écoles publiques de l’île de Montréal, Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal, 2008

http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada/education/200810/05/01-26494-immigration-les-ecoles-ne-font-pas-face-au-meme-defi.php

Lundi 6 octobre 2008

Entre ses murs pleins de mystères, El Mando abrite le projet le plus surprenant de la défense européenne...
Le projet de l’Union méditerranéenne est en gestation dans les capitales européennes, et le contrôle effectif des mers et de la Méditerranée par la rive Nord a certainement déjà commencé.
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Ceuta

Au cœur de la surveillance électronique européenne, entre le Maroc et l’Espagne, est né un monstre des mers appelé Sive. Ses capteurs sensoriels balisent les eaux et permettent de détecter les embarcations qui s’approchent de l’Europe. Développé dans le plus grand secret par l’Union européenne depuis cinq ans, ce système de surveillance est une forteresse électronique impénétrable.

C’est à Cadiz que se trouve El Mando, le Centre de commande et de contrôle de la Guardia civil, grand bâtiment blanc anodin appartenant à l’armée espagnole, avec ses drapeaux au vent, son cordon sécuritaire infranchissable, son opacité. Niché sur un balcon de mer, il domine l’entrée resserrée du détroit de Gibraltar en forme de goulot, et l’Océan Atlantique qui vient mourir ici en face de Cadiz. Autour d’El Mando commence l’Espagne des frontières, fortement militarisée depuis l’ère Aznar, une démarcation rouge pour l’Occident qui passe par les plages de Huelva, Barbate, Algésiras, Malaga, Almeria et Murcia très à l’Est, là où s’évase enfin le détroit en face de l’Algérie.

Entre ses murs pleins de mystères, El Mando abrite le projet le plus surprenant de la défense européenne. Dans une salle d’opération tapissée de gadgets technologiques, trône un énorme écran mural que l’on confondrait facilement avec un panneau de jeu vidéo. Cet écran principal de surveillance diffuse un flux continu d’images des frontières du Sud. On peut apercevoir, en jaune les côtes marocaines, en vert les villages et les agglomérations urbaines tels Tanger, Melilla ou Nador, en noir la Méditerranée et l’Atlantique qui finissent par se rejoindre le long d’une ligne imaginaire qui descend jusqu’aux îles Canaries. Il est relié à plusieurs postes qui peuvent rembobiner le film, zoomer, changer les paysages 24 heures sur 24. D’un clic, les techniciens modifient les images et se retrouvent à observer les côtes du Sahara, à l’extrême sud des îles Canaries, où commencent véritablement pour les Espagnols le territoire national et les portes symboliques de l’Europe.

Ce petit joujou de l’Union européenne, qui surveille depuis la commanderie de Cadiz tout le littoral andalou depuis Ayamonte jusqu’à Cabo de Gata, et les îles Canaries à partir d’un deuxième centre de commande localisé sur place, est tenu plus ou moins au secret pour l’instant. Lancé en 1998, mais opérationnel pour la première fois le 14 août 2002 le long d’Algésiras, à l’embouchure du détroit, l’Espagne l’a très vite étendu en décembre 2003 à Malaga et à l’île de Fuerteventura (Canaries), avant Cadiz et Grenade en novembre 2004, Ceuta en janvier 2005, Melilla et Lanzarote en Canaries à la même époque. Depuis cette date, Sive, le Système intégré de surveillance extérieure, s’est beaucoup développé et couvre désormais l’intégralité du territoire espagnol. Il est passé d’un système de contrôle exclusivement terrestre à un dispositif très complexe intégrant bandes vidéo, liaison satellitaire, radars, caméras thermiques et infrarouges, appuyé par des unités d’intervention par hélicoptères et maritimes. Ces caractéristiques technologiques, uniques en Europe, sont d’un tel niveau technologique que les ingénieurs espagnols qui ont développé Sive sont devenus les plus compétents du monde en matière de surveillance des mers.

Le Big Brother des mers

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Le détroit de Gibraltar

Au Maroc, les pêcheurs de la côte tangéroise parlent de “cinima” quand on leur demande s’ils se savent surveillés depuis Cadiz. Sive est un œil électronique qui ratisse les mers et les côtes intérieures. Il voit loin et large, ne rate rien dans un périmètre de vingt kilomètres ! En haute mer, toutes les embarcations qui pénètrent dans son champ visuel apparaissent nettement sur le grand écran et peuvent être accostées par la Guardia civil en quelques minutes.

Le Détroit de Gibraltar s’est converti, en cinq ans, en un paquetage d’images qui défilent dans un ordinateur en veille 24 heures sur 24. “Quand nous pêchons la nuit, dit l’un des pêcheurs, ils viennent au-dessus de nous en hélicoptères et allument les projecteurs. Ils tournent deux minutes et s’en vont.”

Les Espagnols sont devenus de véritables policiers des mers du futur face à une Afrique rurale et souvent moyenâgeuse. Ces soldats blindés de technologies sont dotés, entre autre, depuis 2003, de capteurs sensoriels pouvant détecter à distance des battements de cœur.

Sur place, les militaires marocains constatent chaque jour que les vedettes et hélicoptères espagnols violent les eaux marocaines. Mais pas moins de neuf îles ou groupes d’îles (1), clairsemés dans l’entonnoir du détroit, appartiennent à l’Espagne, certaines à moins d’un kilomètre du Maroc, ce qui rend le balisage de l’œil espion du Sive très aisé. Indétectable, ennemi redoutable pour les mafias opérant par le détroit et qui sont maintenant sur le qui-vive.

Les contrebandiers ont dû adapter leurs méthodes de travail et changer leurs itinéraires de passage. La flopée d’arraisonnements de pateras (embarcations précaires), à partir de 2003, avait chamboulé les itinéraires, et fait exploser l’arrivée des clandestins dans les îles Canaries et aux portes de Ceuta et Melilla, où ils s’entassent dangereusement depuis lors. Les réseaux de drogue se sont réorganisés aussi et évitent désormais les lanchas, les hors-bord puissants qui traversaient le détroit en treize minutes chrono jusqu’aux plages andalouses. Sive les repère, calcule rapidement leur trajectoire, et envoie les données aux patrouilles de terre qui attendent la livraison des colis sur la plage pour cueillir les passeurs.

Les derniers coups de filets ont eu lieu récemment dans la zone du Tiburon (Requin), sur la plage de Sotogrande (1370 kg de marchandises), et à Curva de Palmito, près d’Algésiras (900 kg).

L’implantation du Sive est définitive, et son extension inévitable, selon des sources autorisées de Ceuta, qui citent littéralement le texte constitutif du projet : “La régulation des flux migratoires, en vue de garantir la cohabitation au sein de la société espagnole, repose en premier lieu sur la mise en marche du Système intégré de surveillance extérieure.

En projet, un Sive pour les Balkans

Toujours selon ce texte, le programme a pour objectif de lutter à la fois contre l’immigration illégale et contre le trafic de drogue. Et ce, jusqu’à ce que la fermeture électronique de la frontière Sud soit complète, moment où théoriquement l’immigration clandestine et la circulation de la drogue via les mers seront complètement maîtrisées.

Le scénario projeté pour la frontière augure une politique de défense impitoyable contre les mouvements migratoires du Sud. Ce qui explique que l’Union européenne, un 27 novembre 2003, à Bruxelles, ait voté pour que deux pays, l’Espagne et la Grèce, abritent des centres de contrôle de l’immigration. On apprend alors que l’aire d’influence de Sive couvre, dans les textes, en réalité, toutes les eaux du Portugal, de la France et de l’Italie en face de la Tunisie qui ne sera pas épargnée par la surveillance. Le second Sive, bien grec celui-là, doit voir le jour face à la seconde route utilisée par les réseaux dans les Balkans, la Turquie, l’Egypte et la Libye. Cela implique la création d’un même bouclier de surveillance pour la Méditerranée intérieure.

Le projet à court terme de l’Union européenne concerne toute l’Europe. Il permettra à l’œil de Sive de sillonner les mers des eaux françaises à la Mauritanie, de Gibraltar aux eaux de Chypre, face au Liban et à Israël. Le projet de l’Union méditerranéenne est en gestation dans les capitales européennes, et le contrôle effectif des mers et de la Méditerranée par la rive Nord a certainement déjà commencé.


(1) Ile de Perejil ou Leila, en face du village marocain El Horra ; rocher Velez de la Gomera, à l’ouest d’El Hoceima, l’île est carrément rattachée au littoral marocain par une bande de terre ; Penon de Alhucemas, groupement de 3 îlots à l’est d’El Hoceima ; Île Alboran à 57 km des côtes marocaines et 84 des côtes espagnoles, et enfin les îles Chaffarinas, groupement de trois îles à moins d’un kilomètre du littoral marocain et proche de l’Algérie.

Lire aussi du même auteur, sur BabelMed :

Deux villes en état de siège, Melilla et Ceuta
(GIF)

 

Lundi 6 octobre 2008
MARSEILLE
le jeudi 9 octobre 2008
18 h 30 salle Cézanne du CRDP - 31 bd d’Athènes, 13001 (Métro lignes 1 et 2 station Saint-Charles)
Conférence de Pascal Mériaux, historien et pédagogue

L’histoire de l’immigration à l’École de la République

Approches Cultures & Territoires (ACT)

Dans le cadre du cycle 2008-2009 sur République et immigration : histoire et enjeux actuels
www.approches.fr/Cycle-2008-2009

« Respect des différences, tolérance, démarches interculturelles, sont les mots d’ordre autour desquels s’organisent bon nombre de discours sur l’immigration en milieu scolaire et sur l’intégration. L’école continue, à cette date, de penser l’immigration comme un thème qu’impose l’urgence du présent, par les conséquences ressenties du regroupement familial. A aucun moment, dans aucun document officiel, l’immigration n’est envisagée comme un thème d’étude en lui-même, dans son historicité. »

Au-delà des questions pédagogiques, en partant du rapport d’enquête INRP/CNHI, cette conférence traitera des enjeux politiques, culturels et "citoyens" que pose la question de l’Histoire de l’Immigration à l’Ecole.

Pascal MERIAUX est professeur associé à l’Institut national de la Recherche Pédagogique (INRP) et membre de l’équipe ECEHG (Enjeux contemporains de l’enseignement en histoire-géographie).

Présentation de la conférence et du conférencier (articles, bibliographie) sur
www.approches.fr/L-histoire-de-l-im...


Le même jour, au CRDP : L’École et la diversité culturelle : des ressources pour agir. Présentation du catalogue de ressources pédagogiques, ACSé-ACT-CRDP voir :
www.approches.fr/L-Ecole-et-la-dive...

Tout l’après-midi : présentation de l’exposition TOUTE LA FRANCE ! Histoire de l’immigration en France au XXe siècle :
www.approches.fr/Toute-la-France-hi...

ACT - 51 cours Lieutaud 13006 Marseille
- 04 91 63 59 88
- act@approches.fr
- www.approches.fr/

http://www.millebabords.org/spip.php?article9170

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